Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > L’Agneau de Dieu

L’Agneau de Dieu

dimanche 16 janvier 2011, par Bernard Brajat

Que peut évoquer pour nos contemporains l’expression « l’Agneau de Dieu » par laquelle Jean-Baptiste désigne Jésus ? Tout au plus correspond-t-elle encore à une vague image pastorale… Il est certain que même parmi les chrétiens cette symbolique en laisse beaucoup indifférents ! Pour les disciples du Baptiste il en est tout autrement : l’expression provoque un écho immédiat dans l’esprit des premiers disciples.

Fréquemment l’Apocalypse de Jean nomme ainsi le Ressuscité et renvoi à l’Agneau de la Pâque, jadis immolé et mangé à la veille de la sortie d’Egypte. Rappelez-vous : on avait donné l’ordre de marquer les portes des maisons des Hébreux avec le sang de cet Agneau pour les protéger de l’exterminateur (Exode 12,1-14). Il faut nous souvenir de ces passages de l’Ecriture si nous voulons comprendre le sens de l’évangile d’aujourd’hui… Au fil de l’Apocalypse, il devient l’Agneau vainqueur.

A cette désignation, Jean-Baptiste ajoute une qualité : il « enlève le péché du monde ». Il s’agit bien du monde dont le prologue de Jean vient de parler quelques versets plus haut : « Il était dans le monde et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu » (chapitre 1). C’est de ce péché de l’aveuglement qu’il est venu délivrer le monde. Il est en situation de médiateur, comme l’était symboliquement l’animal immolé pour la Pâque. Mais c’est un risque que guette chaque génération de croyant : penser ou croire qu’on puisse être en « ligne directe » avec Dieu sans accepter les médiations nécessaires à la rencontre. Le prophète désigne bien aujourd’hui Jésus comme ce médiateur, car le sang qui était jadis protecteur, deviendra celui d’une Alliance nouvelle. Ce sont les gestes et les paroles que nous accomplirons dans un instant au cœur de la prière eucharistique.

Jean témoigne de ce qu’il a contemplé au baptême de Jésus : l’Esprit est venu, il s’est posé sur le Fils bien-aimé. L’homme de Nazareth devient initiateur de la vie nouvelle dans l’Esprit-Saint. Il accomplit ici l’attente d’Israël. Il réalise la promesse d’un avenir. Parce que l’Esprit descend sur Jésus, il obéit à l’Esprit d’amour. Nous pouvons nous demander ce que signifie pour nous « obéir » à l’Esprit d’amour… N’est-ce pas nous rendre disponibles à l’Esprit qui nous permet de reconnaître en toute personne rencontrée, un être aimé de Dieu ? Il nous faut nous réjouir d’être nous-même baptisés, immergés dans l’amour de Dieu, mais cette joie ne servirait de rien si elle n’était la cause d’un amour communicatif.

Jean dit ne pas connaître Jésus… alors qu’on les disait « cousins » ! Honnêtement, même après avoir ouvert un certain nombre de fois l’Evangile, pouvons-nous dire aussi que nous « connaissons » Jésus ? Heureusement que nous réalisons la pauvreté de nos connaissances sur Jésus, et que nous avons à le découvrir encore mieux, à le connaître d’une manière sans cesse nouvelle. Les gens qui sont venus près du Baptiste pour recevoir le baptême pensaient très certainement qu’en accomplissant cet acte ils connaîtraient un aboutissement : ça pouvait être un but en soi. Pas du tout ! Jean les oriente vers quelqu’un, un autre qu’il désigne ainsi : « Derrière moi vient un homme… avant moi, il était ». Il était avant Jean et il passe devant lui : à la fois passé et avenir, commencement et fin, « alpha et oméga » comme dira le livre de l’Apocalypse.

Oui, il va falloir réaliser que ce baptême de conversion n’est qu’un point de départ, qu’il annonce et appelle autre chose : un baptême non plus dans l’eau qui se trouve toujours dans la même rivière, mais dans l’Esprit volatil, aérien, planant au-dessus des eaux. L’Esprit-Saint est Dieu en mouvement. Et Jésus va les entraîner sur les routes de Palestine. Et quand ils l’auront suivi dans sa Pâque, ils partiront sur les routes du monde, au-delà des mers.

Nous ne tenons jamais le dernier mot de l’Histoire que Dieu écrit. Notre vérité est de rester disponibles, ouverts à un ailleurs, un autrement. Pour nous chrétiens, ce que nous attendons, ce qui est l’objet de notre désir, c’est le Christ lui-même : qu’il reste sans cesse à découvrir.

P. Bernard Brajat