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Jésus, le Verbe !

vendredi 25 décembre 2009, par Bernard Brajat

Quel rythme, quelle solennité dans ce prologue de l’Evangile selon Saint-Jean que nous venons d’entendre en ce jour de Noël. Les plus anciens d’entre nous s’en souviennent : c’était la lecture du second évangile qui était lu jadis à la fin de la messe. Des mots… Une Parole qui coule de source. Et quelle source ! De manière on ne peut plus solennelle Saint-Jean, mais aussi l’auteur de la lettre aux Hébreux nous parlent de la venue de Jésus parmi les hommes.

Nous avons entendu cette nuit le récit de la Nativité. Tout y était, et nos crèches traditionnelles peuvent bien compléter le tableau évangélique de Saint-Luc : le nouveau-né vagissant dans les bras de Marie sa mère, Joseph admiratif, le bœuf et l’âne, les bergers en contemplation, et les anges dans nos campagnes… Bref, tout ce que l’on aime trouver à Noël et qui correspond si bien aux clichés de notre enfance.

Mais Saint-Jean, dans l’Evangile que nous venons d’entendre ce jour, veut nous transmettre bien autre chose ! Qui est donc cet enfant né à Bethléem ? Le fils de Joseph et de Marie, certes. Mais plus encore, le Fils de Dieu, le Verbe fait chair, venu planter sa tente parmi nous. Celui qui a pris chair vit auprès du Père depuis toujours. Comme nous le disons dans le Credo définit au concile de Nicée au 4ème siècle : le Fils « de même nature que le Père. Engendré non pas créé » puisqu’il participe à la création. Il est désigné comme le Verbe, c’est-à-dire comme la parole créatrice et la Vie.

Oui, à Noël, c’est Dieu qui s’engage « corps et âme » dans l’Histoire de notre humanité qu’il a créée. C’est pourquoi Saint-Jean dans sa méditation englobe l’Histoire entière, de la genèse jusqu’à la venue du Christ, le Verbe de Dieu, le Verbe de vie. En nous donnant le Fils, sa Parole créatrice, il nous fait sortir des ténèbres pour nous plonger dans la pleine lumière. Cet événement ne demande pas d’explication, il se reçoit.

Et Saint-Jean de continuer : que Dieu se fasse homme, c’est pratiquement incroyable ! Ça suscite deux types de réactions chez les hommes qui restent libres face à la Parole : l’acceptation ou le refus. Mais chez ceux qui l’accueillent c’est une vie nouvelle qui se manifeste alors. Il nous faut méditer cette Parole, et sans renier notre liberté humaine, notre capacité même à choisir notre vie, acceptons ce don que Dieu nous fait. La vie signifiée dans l’enfant Noël, c’est la vie de Dieu manifestée dans chacune de nos existences périssables. Car la vraie raison de célébrer Noël c’est la Pâque du Christ réalisée dans nos propres vies.

Pour aller jusqu’au bout de cette histoire qui nous réunit ce 25 décembre, Jésus, dans sa résurrection entraînera avec lui son humanité transfigurée. Il introduira dans le cœur même du mystère de Dieu l’humanité désormais pleinement remplie d’amour. A sa manière Basile le Grand, qui fut évêque de Césarée (en Turquie actuelle) au 4ème siècle présente ce mystère de Dieu qui en sa lumière vient révéler sa présence aux hommes :

« Dieu sur terre, Dieu parmi les hommes ! Ce n’est plus celui qui donne sa loi au milieu des éclairs, au son de la trompette sur la montagne fumante, au sein de l’obscurité d’un orage terrifiant, mais celui qui s’entretient avec douceur et bonté dans un corps humains avec ses frères de race. Dieu dans la chair ! Ce n’est plus celui qui n’agit que par moments, comme chez les prophètes, mais celui qui assume pleinement la nature humaine et, par sa chair qui est celle de notre race, élève à lui toute l’humanité.
Comment donc, diras-tu, la lumière est-elle venue en tous par un seul ? De quelle manière la divinité est-elle dans la chair ? Comme le feu dans le fer : non pas en déplaçant, mais en se communiquant. Le feu en effet ne s’élance pas vers le fer, mais, demeurant à sa place, il lui communique sa propre force. En cela il n’est nullement diminué mais il remplit entièrement le fer auquel il se communique. De la même manière, Dieu, le Verbe, qui « a demeuré parmi nous », n’est pas sorti hors de lui-même ; « le Verbe qui s’est fait chair » ne fut pas soumis au changement ; le ciel ne fut pas privé de celui qui le contenait et la terre accueillit en son propre sein celui qui est dans les cieux…
Pénètre-toi de ce mystère : Dieu est venu dans la chair afin de tuer la mort qui s’y cache. De même en effet que les remèdes et les médicaments triomphent des facteurs de corruption lorsqu’ils sont assimilés par le corps, et de même que l’obscurité qui règne dans une maison est dissipée par l’entrée de la lumière, ainsi la mort qui tenait en son pouvoir la nature humaine fut anéantie par l’avènement de la divinité. »*

Qu’en ce jour de Noël la lumière brille dans le cœur de chacune et chacun d’entre vous ; qu’elle brille au sein de vos familles.

Joyeux Noël à toutes et à tous.

P. Bernard Brajat

* Basile de Grand : Homélie pour la naissance du Christ 2, Traduction privée