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Impossible, n’est pas... divin !

L’ Annonciation : un texte que l’on pense bien connaître et qui peut toujours nous étonner.

dimanche 21 décembre 2008, par Bernard Brajat

Homélie du 4ème dimanche de l’Avent B – 21/12/2008 : église Saint-Barthélémy de Cahors « Car rien n’est impossible àDieu  »

Voilà un texte que nous avons entendu plus d’une fois : l’Annonciation ! Bien que nous le connaissions presque par cœur, notre raison en est toujours heurtée… Parce que les simples lois de la nature semblent pour le moins bafouées. Même si nous sommes profondément croyant, le récit de Saint – Luc (1,26-38) est quand même très déconcertant, et nous – chrétiens – en présentant un tel texte, prêtons le flanc à la critique rationnelle. Parce que nous redoutons d’être soupçonnés de tenir encore la sexualité dans le domaine du péché, peut-être serions-nous alors tentés de chercher une autre explication à cette grossesse aujourd’hui annoncée par l’Ange.

Cependant, nous ne pouvons ignorer autant l’évangile de Luc que celui de Matthieu : ces synoptiques-là affirment bien que Marie est vierge, et qu’elle l’est restée. Déjà de leur temps cette affirmation était tout aussi difficile à croire. Ici, nous touchons à quelque chose d’essentiel de la foi chrétienne. Dans toutes les religions, il est impossible de venir vers la divinité les mains vides : il faut nécessairement lui faire des offrandes pour recevoir en échange les bienfaits souhaités. Le rapport religieux s’établit alors dans une sorte de « donnant – donnant » !

Eh bien, c’est là justement que le christianisme propose autre chose : Jésus est venu pour nous dire que le Salut de Dieu ne s’achète pas, ne se marchande pas… Dieu ne se vend pas ! Le don qu’il fait de lui-même ne dépend d’aucune volonté humaine, d’aucune action humaine. Si la tentation permanente des hommes est de vouloir s’en tirer tous seuls, si le cri orgueilleux de l’humanité est d’affirmer : « je n’ai pas besoin de toi, je peux me débrouiller tout seul », la réponse du Seigneur est de nous donner son amour gratuit, sans rien en échange. Il n’y a pas de condition préalable au Salut de Dieu. La conception virginale de Jésus apparaît bien comme l’affirmation qu’en Lui nous trouvons la garantie du don gratuit de Dieu : il ne doit rien aux hommes. Il n’est pas lié à eux par une conception charnelle, ni par la race, ni par la volonté de pérenniser l’existence tribale ou clanique.

C’est ce que Marie comprend lorsqu’elle chante son action de grâce au Seigneur qui fait des merveilles, lui qui abaisse les orgueilleux et élève les humbles. En fait dans l’évangile il y a deux scènes d’Annonciation : l’Annonce faite à Zacharie (le vieux prêtre du Temple), et l’Annonce faite à Marie que nous lisions encore une fois de plus aujourd’hui. L’un et l’autre ont un comportement radicalement différent. Le vieux prêtre, sûr des fonctions qu’il accomplit, enfermé dans un rôle hiératique, semblait avoir oublié les Ecritures et la naissance miraculeuse d’Isaac (Genèse 18 et 21) : il a demandé un signe parce qu’il doute ! En fait de signe, il devient muet : désormais la Parole a quitté le Temple, désormais la Parole est ailleurs…

La Parole (le Verbe, tel que nous le comprenons chez Saint-Jean 1,1-5.9-13 dans le passage que nous entendrons le jour de Noël ) est là où l’humilité n’a qu’un murmure pour s’exprimer… une simple question pour demander une précision : « Comment cela va-t-il se faire ? ». L’enfant qui va naître s’il est vraiment Fils ne le sera pas à la manière des rois d’Israël (qui l’étaient par adoption lorsqu’ils montaient sur le trône). Dans la Bible, la sainteté n’est pas la caractéristique des rois. Dieu seul est Saint ! En adhérant au projet du Très-Haut, en se mettant « sous son ombre », Marie devient un modèle pour les croyants, pour la communauté croyante, pour l’Eglise… Contrairement à Zacharie, elle n’a pas oublié les Ecritures. Elle en est pétrie. La Parole est venue en elle, elle habite toute sa vie jusqu’à lui permettre de donner la vie. Et c’est dans la maison de l’homme devenu muet qu’elle entonnera son cantique de reconnaissance pour le Salut accordé par le Dieu Saint d’Israël. C’est le Magnificat que nous chantions dimanche dernier (Luc 1,46-54).

A quelques jours de la Nativité du Seigneur, alors que l’attente et la joie se font vives dans le cœur des petits et des grands, laissons retentir les paroles du chantre de Marie, Saint – Bernard de Clervaux :
« Ne tarde plus, Vierge Marie, donne ta réponse. Ô Notre Dame, prononce-la cette parole que la terre, (…) les cieux – mêmes attendent. Vois : le Roi et Seigneur de l’univers, lui qui a désiré ta beauté, désire avec non moins d’ardeur le oui de ta réponse ; à ton consentement il a voulu suspendre le salut du monde. Tu lui as plus par ton silence ; tu lui plairas davantage à présent par ta parole. Voici que lui-même de là-haut t’interpelle : « Ô la plus belle des femmes, fais-moi entendre ta voix »… Oui, réponds vite à l’ange, ou plutôt, par l’ange au Seigneur. Réponds une parole, et accueille le Verbe ; prononce ta propre parole, et conçois le Verbe divin ; émets une parole passagère, étreins le Verbe éternel. »*

En nous préparant à la fête qui approche, posons-nous cette question (car nous sommes mis devant un choix) : voulons-nous comme Marie faire confiance au Dieu d’amour qui se donne, ou voulons-nous suivre nos propres chemins en pensant que nous pourrons nous en sortir tout seul ? C’est en fait ce qui se joue à Noël.

P. Bernard Brajat

* Bernard de Clairvaux « In laudibus Virginis Matris 4,8-9 » (traduction privée)