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Grain de blé

dimanche 29 mars 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 5ème dimanche de Carême B – 29/03/2009 « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore  » messe unique – église de Saint-Barthélémy de Cahors

Lorsque quelqu’un a connu son heure de gloire, autant dire qu’il était au faîte de sa popularité ! Et encore mieux, lorsqu’il est question des « heures de gloire », il s’agit sans aucun doute d’une reconnaissance avérée et appréciée à plusieurs reprises… Mais qui n’a qu’un temps. Ce n’est pas en tout cas une réalité palpable, matérielle. C’est un climat de reconnaissance unanime de la part de ses semblables. Dans le langage biblique, la gloire est la manifestation de la nature même de Dieu, le rayonnement perceptible de sa majesté. Ainsi au Sinaï : « Il appela Moïse du milieu de la nuée. Et l’apparition de la gloire de YHWH est pour les yeux des fils d’Israël un feu dévorant au sommet de la montagne. » (Exode 24,16-17).

Dans l’évangile selon Saint-Jean la glorification du Fils ne se perçoit pas d’elle-même. Il faut entrer dans le mystère de la Croix : ce ne peut être compris par tous, du moins par ceux qui ne sont pas encore passés du monde à la communauté des disciples. Ils ne comprennent pas la voix venue du ciel. Seul Jésus comprend cette voix puisqu’il vient du Père, puisqu’il est « la seule et vraie lumière » qui « en venant au monde a éclairé chaque homme » : c’est le sens du prologue de l’évangile de Noël (Jean 1,9-10). Jésus révèle qui est le Père aux hommes qui lui sont confiés.

Cette glorification du Fils se fait au moment où des Grecs expriment le souhait de voir Jésus. Les Grecs en question sont des sympathisants du judaïsme, des « prosélytes » qui ne sont pas allés jusqu’à la circoncision. Ils sont un seuil, ils représentent comme un « passage » entre Israël et les païens. Lorsque Philippe et André informent Jésus que ces Grecs veulent le voir, il leur répond d’une manière étonnante, déroutante. Il utilise une petite comparaison, presque une parabole : le grain de blé tombé en terre.

La Parole doit s’enfouir, comme le grain est mis en terre. La Parole ce ne sont pas des mots : c’est l’agir de Dieu qui se manifeste dans les réalisations des hommes. Mais combien faut-il de patience pour atteindre le temps de la germination et du mûrissement des épis ! Or, aujourd’hui, il nous faut des résultats immédiats. Ainsi les intérêts des investissements doivent donner du rapport, de manière quasi immédiate… Vouloir récolter au temps des semailles : cela pourrait être une « parabole explicative » pour ce temps de crise. « Donner du fruit » ne peut-être qu’une opération à long terme. Nous n’avons pas trop d’une vie entière pour réaliser une œuvre, produire de meilleur de soi.

Lorsque la voix du ciel se fit entendre, on croyait à un coup de tonnerre. Mais vous savez que dans la Bible Dieu n’est pas toujours dans le bruit et les grandes mises en scènes… Il est bien souvent dans la brise légère, et s’il nous faut pour comprendre que « Dieu force la voix », c’est aussi pour nous aider à réaliser où sont les appels à la solidarité qui se vivent en notre monde. Si l’Evangile parle de « perdre » pour « trouver » ou « se détacher » pour « garder », ce n’est pas par goût des paradoxes, c’est pour nous apprendre à regarder, à percevoir, à réaliser que là où existe une solidarité vraie, là est sa présence.

Cette solidarité humaine est un mouvement. Un grand mouvement qui trouve son accomplissement dans le don du Fils : « moi, lorsque j’aurai été tiré (ou dressé, ou élevé) de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ». En Christ, l’humanité trouve un mouvement qui l’attire vers le haut. En Christ, le sens de nos pérégrinations humaines est indiqué. Cela passe nécessairement par des heures qui ne sont pas toutes « glorieuses », souvent par un enfouissement ingrat et cependant indispensable pour que tout s’accomplisse.

J’emprunte au théologien Orthodoxe, Olivier Clément, récemment disparu la conclusion de notre méditation de ce jour :
« Si le grain ne meurt ! » Mais dans le Ressuscité, dans son Corps glorifié, dans l’ouverture de ses plaies, ce n’est plus la mort qui règne, mais l’Esprit, le souffle de Vie. Et la Croix de victoire et de Lumière, à laquelle nous conforme notre Baptême, peut désormais transformer en mort-résurrection, en « pâque », en passage vers l’éternité, la situation la plus désespérée. Et c’est cela l’Eglise, dans sa profondeur sainte, matrice baptismale, calice eucharistique, ouverture faite à jamais par la Résurrection dans le couvercle infernal du monde déchu. L’Eglise, comme Mystère du Ressuscité, c’est le lieu, et le seul, où, sans aucune séparation, la joie pascale, le triomphe sur la mort et l’enfer s’offrent à notre liberté pour qu’elle devienne créatrice, pour qu’elle collabore à la manifestation définitive de cette victoire…
On peut dire que la Bonne Nouvelle se concentre dans l’annonce pascale : « Entrez dans la joie de votre Maître ! Que tous participent à la Fête ! Que nul ne redoute la mort, car la mort du Seigneur nous a libérés. L’enfer a saisi un corps ; et il S’est trouvé devant Dieu ; Il a saisi la terre et Il a rencontré le Ciel. Mort, où est ton aiguillon ? Enfer, où est ta victoire ? ».

P. Bernard Brajat