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Fidélité

lundi 25 mai 2009, par Bernard Brajat

Il y a toutes sortes de repas : déjeuners de famille, dîners entre amis, goûters pour un anniversaire, pique-niques lors d’une sortie à la campagne ou pour la fête des voisins… Les enfants savent l’importance de ces moments passés autour d’une table, parce qu’elle est alors le lieu où s’expriment toutes nos solidarités. Sans compter qu’il y a des repas qui marquent beaucoup plus que d’autres (parfois la tension d’un drame ambiant peuvent les rendre pensant) : ils resteront des lieux de mémoire !

A Corinthe, les chrétiens au temps de Saint-Paul se réunissaient déjà. Ils se réunissaient comme on se retrouve en confrérie, pour partager un repas qui marque l’appartenance, la proximité… Puis, il y avait un temps extrêmement solennel où l’on se rappelait quelque chose d’important, tellement important que ce n’était plus une simple évocation. Plus que cela : c’était le Repas du Seigneur. A ce moment-là, il était réellement présent au milieu des siens, comme il va être présent au milieu de nous aujourd’hui encore.

Ainsi lorsque Jésus avait réuni des amis pour le repas de la Pâque : « Prenez, ceci est mon corps, ceci est le sang de la nouvelle Alliance »… Ont-ils vraiment réalisé, à cet instant-là, ce qu’il exprimait ce soir-là ? Et tout cas, les paroles qui suivent sont empreintes de gravité : c’est un discours d’adieux. Il a déjà le goût du drame qui va se jouer d’ici quelques heures. Alors le « corps livré » et le « sang versé » deviendront pour eux une réalité difficile à digérer. La croix est inacceptable : la mort du Juste reste un scandale ! Leur fidélité en sera certainement éprouvée.

Il est certainement difficile de rester « fidèles », aujourd’hui plus qu’hier ou le zapping religieux est devenu courant… En principe, nous, chrétiens, sommes les « fidèles du Christ » ! Mais nous savons d’expérience que la fidélité s’inscrit dans la durée et la régularité de la rencontre. Autrement dit : la première communion d’aujourd’hui ne saurait être l’une des dernières… ou l’une des rares rencontres avec le Seigneur Jésus.

Après la Cène, dans la grande prière de Jésus, il demande pour ses disciples (pour nous) de rester fidèle au nom du Père qu’il a « reçu en partage ». Nous avons reçu sa Parole… et nous ne retenons que quelques paroles : celles qui nous marquent le plus, orientent notre vie, nous aident à progresser comme autant de points de repères sur nos chemins.

Communier, c’est vivre de quelqu’un, de la présence de l’autre, de sa proximité. Il nous appartient de vire de sa présence et de sa proximité. Nous savons qu’il nous accueille toujours à sa table, si nous boudons le rendez-vous dominical, ou si nous le relativisons jusqu’à ce qu’il devienne épisodique, est-ce que nous ne nous moquons pas un peu du Christ alors qu’il est toujours là, pour nous ! Si nous en sommes conscients, si nous en percevons l’importance, alors nous aurons compris que sa rencontre dans nos vies est tellement importante que nous ne saurions nous passer de lui.

C’est cela la messe. Un rendez-vous à ne pas manquer. Il est vrai que nous en avions fait une obligation et non plus une nécessité vitale. Il fallait aller à la messe, comme on participait à une sorte d’habitude mondaine ! Mais on avait tout faux ! On avait oublié qu’il s’agissait pour nous, chrétiens, d’un resourcement vital. Rappelons-nous aussi ce qu’il disait à ses disciples au moment de passer de ce monde au Père : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments (…) sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Sans lui, frères et sœurs, parents et amis aujourd’hui rassemblés, nous ne pouvons rien faire. Dans le sens où notre vie spirituelle n’a de vitalité et de relief que lorsque nous sommes reliés à lui, pour être mieux et plus liés les uns aux autres.

Etre « fidèle » à son « nom », c’est réaliser qu’au moment de notre baptême, nous avons été configurés au nom du Christ : « tu es membre de Jésus Christ, prêtre, prophète et roi » a dit alors le prêtre sur chacun de nous. C’est-à-dire que notre appartenance chrétienne n’est pas d’abord sociologiquement religieuse : elle est dans l’identification à une personne. La fidélité au Christ nous consacre d’office dans la Vérité. C’est le sens de sa prière au Père : « Consacre-les dans la vérité : ta parole est vérité ».

Dans sa prière, Jésus parle du « monde » avec un certain recul, pour ne pas dire une certaine méfiance... Le monde dont il parle ici c’est celui de l’immobilisme, le monde du « non – amour », le monde constitué d’une juxtaposition d’individus qui n’auraient pas de bien commun. Mais le « monde » de Jésus est le monde où se vit une réelle communion, où se construit l’union des hommes entre eux comme des « personnes » reconnues et aimées. Jésus continue de prier pour que ce monde-là soit notre lieu de vie définitif. C’est le « programme de vie des chrétiens ». Que nous sachions encore le mettre en œuvre aujourd’hui.

P. Bernard Brajat