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Fête de Toussaint

jeudi 6 novembre 2008, par Bernard Brajat

Homélie pour la fête de Tous les Saints – 31/10/2008 : église de Labastide-Marnhac ; 1/11/2008 églises de Lacapelle-Cahors et Cathédrale de Cahors – « Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement »


Avec le regard pétillant de vie que nous lui connaissions, Sœur Emmanuelle affirmait que « son Paradis, c’était les autres »… Elle portait en elle un regard, certes, lucide mais tout autant ouvert sur l’espérance, en contraste avec la phrase fameuse de Jean-Paul Sartre qui affirmait en son temps : « L’enfer, c’est les autres ». La religieuse a porté témoignage durant toute sa vie que son ciel scintillait d’innombrables étoiles reflétant toutes ces « petites gouttes d’eau dans l’Océan » : son langage n’est pas celui du philosophe athée puisqu’il s’est construit de tous les mots des Vivants qui ont nourri son espérance, de tous ces « autres » qu’elle regardait avec bienveillance !

Notre langage compassé traduit bien les idées fausses que nous nous faisons de la sainteté. Lorsqu’on entend dire de quelqu’un « c’est un Saint homme » (ou une sainte femme), il y a toujours quelque chose de compatissant… Comprenez : « Sa vie ne doit pas être rose tous les jours… » ! Mais ce n’est pas ça la sainteté… La sainteté ce n’est pas subir sans rien dire, c’est assumer pleinement sa vie. Sœur Emmanuelle nous l’a prouvé, elle qui n’a jamais baissé les bras devant la pauvreté, la misère, le sous-développement.

Ce que cette sainte contemporaine a réalisé – comme l’abbé Pierre – d’autres l’ont vécus à leur manière au cours des siècles : les saintes et les saints de nos « familles humaines » n’ont jamais été des gens résignés ! Si notre époque, et ses penseurs, témoignent d’un conformisme établi, les béatitudes dérangent profondément. Leur contenu est inaudible pour la plupart de nos contemporains. Il faut dire qu’on en a tellement fait un instrument de soumission : « plus tu es malheureux sur cette terre, plus tu auras droit au bonheur dans l’au-delà »… Et notre monde oscille entre la résignation et le jeu de la promotion individuelle où l’on est prêt à tout pour réussir.

En fait, nos sociétés avaient pris de mauvaises habitudes. Et en quelques semaines tout semble s’écrouler comme un château de cartes. Certes, la justice et la paix sont encore côté à la « bourses des valeurs » : personne n’imaginerait être contre. Mais n’est-ce pas une utopie que d’y croire encore ? Ecouter la radio et regarder la télé : nous sommes alors vite persuadés du contraire… Notre monde est bâti sur une gigantesque injustice et la paix civile que nous connaissons s’est souvent bâtie sur la peur des autres, savamment entretenue.

L’ Evangile des béatitudes est tout autre chose. La douceur des doux peut s’y forger dans l’épreuve, dans la souffrance, dans la lutte même contre la violence et l’injustice. Contrairement aux apparences, contrairement à l’esprit du monde, les pauvres de cœurs, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, font généralement preuve d’une force de caractère qui contraste avec l’argument des faibles qu’est la violence.

Oui, frères et sœurs, le Bonheur selon l’Evangile ne peut pas se construire sans les autres : c’est grâce aux autres que nous pouvons être heureux, ce sont eux qui nous donnent des raisons de croire et d’espérer. Ce n’est pas notre petit ego qui peut prétendre au bonheur : l’Evangile le rappelle dans cette parabole du riche et du pauvre Lazare. L’un aura vécu pour lui sans se rendre compte de l’existence de l’autre qui quémandait subsistance, amitié et reconnaissance à sa porte. Nous ne sommes pas des êtres qui courrons sans but, « dès maintenant » nous dit Saint-Jean, « nous sommes enfants de Dieu »… Même si nous n’avons pas aujourd’hui la claire vision du sens de notre humanité, un jour « nous serons semblables » à Dieu « parce que nous le verrons tel qu’il est ». Ainsi, la parfaite image de ce Dieu d’Amour est-elle exprimée dans notre humanité lorsqu’elle réussit à mettre en œuvre de nouveaux rapports entre les hommes de notre monde et en ce temps.

Les saints que nous fêtons aujourd’hui, nous y sommes associés. S’ils ont été des doux (mais des forts en Dieu), ils ont su également témoigner de la seule richesse que le Seigneur lègue à ses enfants, parce qu’ils ne se sont pas présentés devant lui riches et fiers de leurs propres mérites. Ce qu’ils ont réussi, ils l’ont fait pour et avec les autres : leur ciel s’est alors agrandi aux limites de l’impossible. Et leur récompense est « grande dans les cieux ».

Que ce jour de fête soit pour nous l’assurance d’être déjà comptés parmi ce peuple de bienheureux. Car « tout homme qui fonde sur lui » son espérance « se rend pur comme lui-même est pur ».

P. Bernard Brajat

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