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Être sauvés

dimanche 22 août 2010, par Bernard Brajat

Vous savez qu’on ne peut pas « sauver » tout le monde ! Et la médecine, lorsqu’elle arrive à sauver quelqu’un ce n’est au mieux que pour une rémission… Chacune, chacun d’entre nous est mortel même si notre société nous berce d’illusions en la matière. Jamais, plus qu’aujourd’hui, la mort n’a autant été escamotée dans son approche et dans ses rites.

Mais dans l’Histoire des hommes il y a ces périodes funestes où l’être humain peut mesurer un peu plus sa précarité qu’à d’autres époques. Guerres et épidémies marquent notre passé collectif. Par exemple la « grande peste noire » fit irruption en plein XIV° siècle (entre 1346 et 1353) ; l’Europe perdit, semble-t-il, 24 millions d’humains, le quart de sa population probable et l’Asie plausiblement bien davantage. Combien de millions de morts, du fait des deux conflits mondiaux du 20ème siècle ? Oui, depuis la nuit des temps, il s’agit pour l’être humain d’échapper au sort, de se « sauver » comme il peut !

Tout le récit évangélique d’aujourd’hui tourne autour de cette question : « N’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » La réponse ne doit pas oublier que cette question est posée alors que Jésus « marche vers Jérusalem », lieu de son destin. Jésus va y répondre, et y répondre de deux manières. Mais déjà à son époque certains de ses contemporains, rabbins, disaient que tous les Israélites seraient sauvés, et eux seuls. Jésus n’entre pas dans les querelles d’écoles rabbiniques. Il dit ceci :
1) Le Salut n’est pas une question de nombre, mais de désir fort, voire de combat. « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ».
2) Il faut se dépêcher, car la porte ne va pas rester longtemps ouverte ; le maître de maison (c’est-à-dire : Jésus) va la refermer. C’est donc maintenant où jamais qu’il faut accueillir le Salut.

Lorsqu’il parle, Jésus s’adresse bien aux croyants d’Israël, qui hésitent. A leur place, dit-il, on viendra d’un peu partout. On viendra des quatre coins du monde, « de l’orient et de l’occident, du nord et du midi » pour prendre place au festin du Royaume. Car c’est ici le but à atteindre. C’est ici que le mot « Salut » prend un sens. Ainsi chacun peut être sauvé s’il accepte le don de Dieu. Que l’on vienne d’Israël ou du monde païen : tous peuvent être sauvés.

L’avènement du règne de Dieu engendre un changement d’attitude, parce qu’il entraîne un renversement des valeur humaines et religieuses : « les premiers seront les derniers… » ; et ce n’est pas la première fois que nous rencontrons ce genre de sentence dans les évangiles ! Jésus, pour l’heure, n’explique rien : il faudra le voir dans sa destinée pour comprendre ce qu’il en est, ce qu’il en coûte… Il ne réalisera le salut qu’en allant jusqu’à la croix : le chemin est donc « étroit ». Etroit et difficile pour lui d’abord, et ensuite pour tous ceux qui voudront être ses disciples.

Lorsqu’il nous parle de Salut, Jésus nous prend au sérieux ! Prendre quelqu’un au sérieux c’est ne rien lui cacher des difficultés qui l’attendent. L’évangile n’est pas le lieu des mondanités où il suffit d’avoir eu les mêmes cartons d’invitations pour trouver sa place : « nous avons mangé et bu avec toi, tu as enseigné au milieu de nous » ; oui, mais pour quel résultat ? En fait, si « je ne sais pas d’où vous êtes », c’est que vous n’avez rien partagé du labeur quotidien. Ainsi le salut est passé à côté de vous, ou vous êtes passés à côté de lui parce que vous pensiez ne pas en êtres les acteurs. Dieu sauve : nous le croyons. Mais il ne nous sauve pas sans notre participation à cette œuvre du Salut.

La porte étroite du don de soi, de l’oubli de soi, c’est également celle qui m’ouvre sur la vie des autres, des mes frères et sœurs en humanité. Que le Seigneur nous aide à nous débarrasser de tout ce qui nous encombre pour une rencontre vraie, pour l’aventure de la foi.

P. Bernard Brajat