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Enfants de Dieu

dimanche 23 mai 2010, par Bernard Brajat

Nous sommes cinquante jours après Pâques. La communauté du Christ ressuscité est rassemblée : Saint-Luc, dans le livre des Actes, nous parle de cet événement comme d’une naissance. Déjà son évangile avait commencé par une naissance, celle de Jésus. Aujourd’hui, en continuité du « Dieu avec nous », une Eglise prend naissance par le don de l’Esprit.

Ils sont tous ensemble ce jour-là au moment où l’Esprit-Saint va ébranler la maison. Vient alors une première question qui est renvoyée aujourd’hui à notre Eglise : peut-on recevoir et reconnaître le Saint-Esprit sans être lié à la communauté ? Il apparaît bien que l’événement parte du groupe des disciples. Une autre question vient alors à notre Esprit : l’Eglise d’aujourd’hui laisse-t-elle encore l’Esprit-Saint l’ébranler ? Rappelons brièvement l’état d’esprit du groupe : Jésus les a quitté leur promettant « la puissance » du « Saint-Esprit qui viendra » (Actes 1,8). Les voici réunis, soucieux de compléter l’équipe des Douze par l’adjonction de Mathias (Actes 1,15-26). Nous pouvons les imaginer enfermés comme dans un tombeau : l’Esprit va les faire sortir comme s’il les faisait ressusciter !

Et voici : l’Esprit, qu’ils reçoivent, change leurs perspectives. Il y a quelques jours, ils s’enquéraient de savoir quand allait-il « rétablir le Royaume » (Actes 1,6), aujourd’hui ils sortent sur la place. De la peur à l’aventure spirituelle le chemin est immense ! Car c’est une expérience exceptionnelle que cette communion avec d’autres. Ici la scène nous rapporte une manifestation spirituelle visible, bruyante, dérangeante. Elle n’est pas sans rappeler la manifestation du Seigneur sur la montagne : la Pentecôte est la célébration du don de la Torah au Sinaï. Et c’est principalement pour cette raison qu’il y a tant de « Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel », résidents permanents, ou membres de la Diaspora… difficile à déterminer.

Quinze peuples sont cités par Saint-Luc. Ils balayent un espace qui va du Proche-Orient jusqu’à Rome. C’est le monde connu de l’époque. Chacun dans son langage, dans sa culture, avec son Histoire, ne vient plus recevoir une Loi inscrite dans la pierre, mais en compagnie des autres, chaque peuple reçoit le don de l’Esprit. C’est une nouvelle Loi inscrite dans le cœur, compréhensible par tous, « dans sa langue maternelle » : « Tous, nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu » (1ère lecture : Actes 2,10-11). L’Esprit-Saint permet à l’humanité de communiquer, de se comprendre. Jadis « la terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots » et les hommes avaient voulu bâtir une tour qui « touche le ciel ». Ils avaient même voulu se faire un « nom » mais n’y étaient pas arrivé, parce que le nom c’est ce qui est donné par d’autres, c’est ce qui est reçu. Et là, ils avaient voulu se faire un avenir sans Dieu. Et c’est là, à Babel « que le Seigneur brouilla la langue de toute la terre, et c’est là que le Seigneur dispersa les hommes sur toute la surface de la terre. » (Genèse 11,1-9).

Hé bien, frères et sœurs, Pentecôte est « l’anti – Babel » ! Pentecôte est une humanité réussie parce que la diversité de cette humanité est prise en compte. Loin d’être niée, elle est un terreau riche d’expressions multiples. Et c’est Dieu lui-même qui l’unifie par le langage de l’Esprit. A Jérusalem ce jour-là, c’est le Seigneur qui descend vers l’humanité et lui donne qualification de peuple : l’Esprit-Saint façonne et cimente le nouveau peuple de Dieu. Là où les hommes avaient défié le Seigneur jusqu’à perdre le sens des valeurs, l’Esprit de Dieu redonne du sens en venant habiter dans l’humain. Et Saint-Paul peut dire que nous sommes « sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite » en nous (2ème lecture).

Nous ferions bien d’ailleurs de ré entendre l’Apôtre Paul nous dire que l’Esprit reçu ne fait pas de nous « des esclaves, des gens qui ont encore peur » mais que cet Esprit fait de nous des « fils ». L’ Esprit fait comprendre à la conscience de femmes et d’hommes fort différents qu’ils sont « enfants de Dieu » ! Et c’est cela la grande trouvaille, la grande nouveauté que réalise l’Esprit de Pentecôte dans le cœur des croyants. Saint-Paul le dira par ailleurs d’une autre manière : nous sommes passés de « l’ancien régime » (la Loi) à autre chose (la foi). Puisque nous sommes désormais « enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ ». Qui dit héritiers, dit héritage : il nous appartient de le gérer à notre manière, de la meilleure qui soit.

Gérer l’héritage dans la fidélité à la parole reçue : « si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole » disait Jésus à ses disciples, au moment de passer de ce monde à son Père. Le temps de l’Esprit est advenu afin que nous fassions porter du fruit à l’héritage reçu. Cet avènement spirituel pour lequel Jésus a prié : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un Paraclet qui sera toujours avec vous : l’Esprit de vérité » (Jean 14,16). Autant dire qu’avec l’Esprit-Saint, l’imagination créative prend le pas sur tous les conformismes : pour preuve, la ténacité missionnaire de l’Apôtre Paul aux début de l’évangélisation !

Aujourd’hui, fête de Pentecôte, l’Eglise prend naissance dans la diversité des cultures. Aujourd’hui l’Evangile se fait proche de tout homme. Aujourd’hui, à la suite des Apôtres, les chrétiens que nous sommes peuvent se risquer à sortir et annoncer combien le Seigneur aime cette humanité. Aujourd’hui encore, l’Esprit est à l’œuvre : ne le contristons pas !

P. Bernard Brajat