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"Effata !"

dimanche 6 septembre 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 23ème dimanche dans l’année B : « Effata !... Ouvre-toi !  » - Marc 7,31-37 – 6/09/2009 Cathédrale de Cahors.

Il est des situations qui nous déconcertent : le silence inexplicable dans lequel s’enferme tel jeune ou tel adulte, devant lequel nous nous sentons désarmés… Le refus de parole du conjoint ou d’un ami… Le silence de femmes et d’hommes engagés dans un projet commun et qui ne se parlent plus. Autant de situation où nous avons envie de dire : « parle, dis quelque chose » ! Il y a bien des mutismes qui tuent les rapports humains. Et que dire de ceux qui refusent d’écouter, qui n’entendent pas… jusqu’à cet autisme spirituel qui atteint bien des chrétiens, incapables de communiquer avec la communauté, se repliant dans une sorte de demande personnelle inexprimable.

La rencontre du sourd-muet de l’Evangile est symbolique à plus d’un titre. Le récit de sa guérison que nous venons d’entendre est bien dans le style de Saint-Marc : il est pris sur le vif. Les gestes de Jésus peuvent nous apparaître étranges – et ne pas répondre à un grand souci d’hygiène – mais ce sont des gestes de guérisseur, attestés dans des traités de médecine de l’époque où l’on attribuait à la salive des vertus curatives… !

Le lieu du déplacement de Jésus est important : il guérit l’homme en Décapole, en terre païenne. Comme si les gestes de puissance de la Parole avaient besoin d’autres lieux pour être efficaces… En Galilée, à Nazareth en tout cas, on n’avait pas voulu entendre la parole du fils du charpentier ! On était resté « sourds » à son message : « Vous avez des oreilles et n’entendez pas. Vous avez le cœur aveuglé »… Jésus n’hésite donc pas à passer les frontières d’Israël : les frontières que les hommes dressent entre eux n’ont pas cours chez le Dieu de Jésus Christ !

Ainsi Jésus est en face d’un païen. Etranger et sourd-muet : notre homme est doublement incapable de célébrer le Dieu de l’Alliance. Il ne connaît pas le vrai Dieu, le Seigneur d’Israël… Et ceux qui l’amènent à Jésus le connaissent au moins de réputation : ils attendent de lui une guérison comme il l’a fait pour tant d’autres. Jésus, lui, ne veut pas de publicité : il ne veut pas être enfermé dans un rôle déterminé par sa réputation ; alors il emmène l’homme à l’écart, loin de la foule… Il est inutile que Jésus lui adresse la parole, il suffit qu’il fasse les gestes qui permettent à l’homme de laisser les mots sortir de lui.

Mais quelle liberté dans l’attitude de Jésus ! La Loi de Moïse interdisait aux Juifs tout contact physique avec les païens, lui, Jésus, transgresse cet interdit. Il ne passe pas seulement des frontières territoriales, il abolit les frontières entre les personnes ! Saint-Jacques nous donne un exemple de ces frontières de personnes (2,1-5 : 2ème lecture) en mettant en scène un riche et un pauvre.

Nous devons bien le reconnaître : au sein même de nos communautés chrétiennes, il nous arrive d’ériger des barrières, de classer les personnes entre « vertueux » et ceux qui ne correspondent pas aux normes. Jésus n’épouse pas notre regard : il regarde chaque personne dans la lumière de l’amour du Père et supprime ainsi les distances. S’il voit un être humain blessé il ne pense qu’à le remettre debout. « Effata… ouvre-toi » : c’est une ouverture que jésus vient accomplir dans le cœur de l’homme. Pour aujourd’hui, c’est encore une puissante invitation à sortir de nous-mêmes.

Paradoxalement, c’est au moment où notre homme retrouve l’usage de l’ouïe et de la parole que Jésus lui demande de se taire ! Et la même demande est adressée à ceux qui ont assisté à la guérison… mais plus Jésus insiste pour qu’ils se taisent, plus il échoue ! Frères et sœurs, il est impossible de se taire devant les merveilles de Dieu, comme il est impossible de se taire quand on reçoit une Bonne Nouvelle ou que l’on est bénéficiaire d’un bonheur. Et sans qu’ils mesurent bien les paroles qu’ils prononcent, ces païens reprennent la prophétie d’Isaïe que nous entendions en 1ère lecture : Dieu inaugure son Règne car « les yeux des aveugles et les oreilles des sourds s’ouvrent… et la bouche du muet crie de joie ! ».

Frères et sœurs, notre évangéliste Marc va faire de ce récit un modèle d’annonce et de confession de foi des futures communautés chrétiennes qui naîtront en terre païenne : ce sourd-muet préfigure les convertis qui iront porter le message évangélique sans faire de propagande, mais seulement en laissant déborder le trop-plein de leur cœur : ouvrir ses oreilles au Christ, à sa Bonne Nouvelle, c’est s’ouvrir à la foi. Et encore aujourd’hui, la rencontre du Christ ne nous ouvre-t-elle pas les oreilles du cœur ? Même si nous bégayons encore souvent pour l’annonce de l’Evangile, la foi peut nous permettre de nous délier la langue, de retrouver confiance en nous par la force de l’Esprit.

En ouvrant les oreilles et en déliant la langue de notre homme, sourd-muet, Jésus lui dit : « Effata ! Ouvre-toi ! ». C’est le message de ce dimanche. Ouvrons-nous à la parole du Christ, à son amour ! Mais aussi : ouvre-toi à ta famille, à tes enfants : écoute-les ! Ouvre-toi aux blessés de la vie, à ceux qui n’ont pas la parole ou que personne n’écoute ! Ouvre-toi à l’Eglise, à la communauté chrétienne de Cahors qui s’engage dans une nouvelle étape de son histoire en ce début d’année scolaire ! Ouvre-toi : ce sont les mots de ton baptême… Il ne s’est pas terminé, ce baptême, avec les rites de la cérémonie, il continue aujourd’hui.

Aujourd’hui encore, frères et sœurs, Jésus s’adresse à nous : il nous fait signe mais il nous demande de nous ouvrir nous-mêmes. Chaque eucharistie est un passage (une Pâque) du Christ ressuscité : laissons-nous toucher par lui afin de nous ouvrir à sa vie nouvelle.

« Effata ! » Ouvre-toi !

P. Bernard Brajat