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Dieu est amour

samedi 23 mai 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 6ème dimanche de Pâques – 17/05/2009 – Chapelle de Terre Rouge & église Saint Barthélémy de Cahors « Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour  »

Dimanche dernier, l’Evangile nous faisait entendre le discours sur la vigne. Aujourd’hui avec gravité – nous sommes à l’heure où Jésus passe de ce monde au Père – le Seigneur indique aux disciples ce que « demeurer dans son amour » implique pour chacun d’eux.

Cet amour circule comme la sève dans la plante (ou dans la vigne). Cet amour provient du Père et se manifeste dans le Fils bien-aimé pour les disciples : « Comme le Père vous a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour ». Faisons les comptes : dans les deux textes de Saint-Jean d’aujourd’hui (1ère lettre 4,7-10 et évangile 15,9-17) les mot « amour » et son verbe reviennent 22 fois… Avec une telle inflation, il nous faut bien reconnaître, alors, que le Dieu qui se révèle en Jésus est un Dieu d’amour.

On a beau se le répéter, l’entendre redire à chaque messe, beaucoup de personnes – et pas seulement parmi les plus âgées – portent en elles une image d’un Dieu qui menace et punit lorsque nous n’obéissons pas à ses volontés. Il semble que l’inconscient de beaucoup de chrétiens en soit marqué à tout jamais… Mais la grande erreur n’est-elle pas de transposer sur Dieu nos conceptions et nos pratiques de l’amour. Nous pensons alors qu’il s’agit d’un amour « mérité », nous n’acceptons pas qu’Il puisse nous aimer d’une manière purement gratuite. Car Jésus nous le rappelle : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». L’amour de Dieu, en Jésus, nous est premier : nous n’y sommes pour rien, c’est lui, le premier, qui nous a aimé.

Saint-Jean – dans sa première lettre – se risque même à une définition de cet amour : aimer, c‘est connaître Dieu. Mieux : « Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu ». En fait, l’amour dont parle l’évangéliste est celui que le Fils a mis en œuvre jusqu’au bout, jusqu’à la mort. Cet amour-là bannit la crainte : « Je ne vous appelle plus serviteurs (…) ; maintenant je vous appelle mes amis ». Le Fils nous introduit dans l’intimité divine, il nous fait connaître toutes choses. Car il s’agit bien d’aimer comme Jésus a aimé, non pas selon nos conceptions particulières et égoïstes de l’amour, mais comme lui a aimé. Ainsi le théologien Von Balthasar le définit-il :

« Rencontrant l’amour de Dieu dans le Christ, l’homme n’éprouve pas seulement ce qu’est véritablement l’amour ; il éprouve en même temps et irréfutablement que lui, le pécheurs, l’égoïste, ne sait pas vraiment aimer. Il éprouve les deux choses en une seule : la finitude de l’amour dans la créature et son raidissement coupable. Certes, il possède une sorte de « pré - compréhension » de ce qu’est l’amour ; s’il ne l’avait point, il ne pourrait pas interpréter le signe de Jésus-Christ. Ce signe serait en outre objectivement indéchiffrable et contradictoire, parce qu’en lui c’est l’amour de Dieu qui est apparu dans la chair, c’est-à-dire sous la forme de l’amour humain. Mais cette « pré – compréhension » ne l’amène pas, sans une conversion radicale, à la reconnaissance de ce signe : conversion du cœur qui doit, en présence de cet amour, confesser qu’il n’a encore jamais aimé ; mais aussi conversion de la pensée qui doit, dans cette situation, réapprendre ce qu’est tout simplement l’amour. »*

Comprenant cet amour de Dieu pour les hommes, le disciple plus que quiconque est entré dans l’intimité du projet du Père : tout ce que le Fils a appris de son Père, il nous l’a fait « connaître ». De plus en plus, nous voici engagés dans une histoire d’amitié avec le Fils, connaissant ce que le Père nous a livré nous ne sommes plus des serviteurs.

P. Bernard Brajat

* Hans Urs von Balthasar « L’amour seul est digne de foi » Aubier 1981