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Des traditions...

dimanche 30 août 2009, par Bernard Brajat

Se laver les mains avant de passer à table est la base de l’hygiène. D’ailleurs il est conseillé de renouveler ce geste plusieurs fois par jour ; et dans notre enfance, combien de fois n’avons-nous pas entendu cet ordre : « va te laver les mains ». On raconte que Louis Pasteur – ce chimiste et biologiste qui consacra ses recherches, aux maladies infectieuses – refusait jusqu’à la fin de sa vie de serrer la main par obsession des microbes, des bactéries qu’il avait observé de si près…

Il nous paraît étonnant que Jésus critique ceux qui nettoient les coupes, les cruches et les plats et qui se lavent les mains avant le repas. Qui plus est : Jésus semble excuser ses disciples qui ne respectent pas des quelques principes hygiéniques de base ! Mais ne pensez pas – frères et sœurs – que les pharisiens usaient de tant de précautions en matière de propreté pour éliminer les microbes : ils n’avaient certainement pas la moindre idée de leur existence. Non, s’ils se lavent si scrupuleusement les mains pour se purifier du contact des païens qu’ils auront peut-être côtoyé place du marché. Pour eux, un Juif, membre du peuple de Dieu, ne doit pas se souiller au contact d’un mécréant. Avez-vous remarqué que la controverse est lancée par des gens de Jérusalem, là où les Juifs vivent entre eux, à proximité du Temple. D’ailleurs en Galilée – d’où sont issus en majorité nos disciples, là où Jésus a grandi, où la population Juive et païenne est mélangée – ces règles sont moins bien observées.

Au fil du temps, scribes et pharisiens avaient ajouté une multitude de prescriptions tatillonnes à la Torah, à la Loi de Moïse. Alors pour leur donner une autorité quasi divine, ils disaient que c’étaient « la tradition des anciens », ainsi pouvait-on penser que c’était la volonté de Dieu lui-même. Hé bien, Jésus se situe sur le terrain des Ecritures et reprend un passage du prophète Isaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Inutile, le culte qu’il me rendent. Préceptes humains, les doctrines qu’ils enseignent. Vous accordez plus d’importance à la tradition des hommes qu’aux commandements de Dieu ». Ainsi prend-il appuie sur la parole des prophètes qui affirmaient que glorifier Dieu dans la liturgie du Temple avait son importance, mais cela ne devait en aucune manière détourner de l’amour du prochain.

Ces paroles de Jésus sont toujours d’actualité. Lorsque notre attention se porte sur un détail de la « tradition des anciens » (par exemple : la manière de communier) cela se fait souvent au détriment de l’essentiel. Qui plus est : certains dans le corps médical attirent actuellement l’attention du clergé sur le risque encouru par une communion sur la langue le jour où il faudra prendre des mesures contre la propagation d’une pandémie de la grippe NH1… Et là, il s’agira bien d’un problème de santé publique ! Saint-Cyrille de Jérusalem, mort en 386, nous indique la plus belle manière de communier : « Lorsque tu t’avances, fais avec ta main gauche un trône pour la droite qui va recevoir le Roi. Reçois le Corps du Christ dans le creux de ta main et réponds : « Amen ». » Lorsque nous attachons plus d’importance à la lettre qu’à l’esprit nous méritons le reproche que Jésus adresse aux scribes de son temps. Le plus important n’est pas le souci d’être attaché scrupuleusement aux rubriques, c’est la foi et l’amour qui doivent remplir nos cœurs.

D’ailleurs c’est bien là que Jésus nous attend, en parlant du cœur… de ce cœur de l’homme d’où « sortent les pensées perverses… ». C’est le cœur de l’homme que Jésus vient purifier ; et c’est avec nous qu’il engage ce long travail de purification. Ce travail engage tout l’homme dans ses comportements, ses attitudes, ses paroles. Il faut bien réaliser – nous dit Jésus – le sens de la contamination : c’est ce qui sort de l’intérieur de l’homme qui peut « pourrir » les relations avec les autres, détruisant du même coup la vie divine chez les autres pour l’avenir.

Et souvent, c’est justement une attitude basée sur la Tradition qui tue l’homme plutôt qu’il l’aide à reconnaître l’œuvre du créateur en lui. D’ailleurs Jésus le dira d’une autre manière le jour où il livrera la parabole du vin nouveau qu’on ne saurait mettre dans de vieilles outres, ou du tissu neuf qu’on ne saurait coudre sur un vieux vêtement pour le raccommoder : il arrive un moment où les « traditions venant des anciens » épuisent toute possibilité d’initiative et de renouvellement. Pire, il arrive que des « traditions » soient vides de sens et entravent l’élan missionnaire évangélique initial.

Sachons aller à l’essentiel. Apprenons à discerner ce qui s’origine dans la Parole de Dieu pour faire vivre et la lettre qui risque de tuer l’Esprit. Nous sommes les disciples du Vivant, ressuscité qui appelle à la Vie.

P. Bernard Brajat