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Des ténèbres à la Lumière

dimanche 3 avril 2011, par Bernard Brajat

Alors qu’il ne voit pas encore, il doit entendre tout ce qui se passe autour de lui, notre aveugle… Encore, s’il était devenu aveugle par suite d’une maladie ou d’un accident… Mais être né, aveugle : il lui a fallut apprendre à se débrouiller grâce à l’oreille, il lui a fallut l’apprentissage des sons. Un aveugle de naissance a toujours un autre sens qui compensera son manque, son handicap. Alors, on peut facilement imaginer qu’il est attentif à tout ce qui se passe autour de lui, l’aveugle « anonyme » qui se tient aux alentours du Temple… La question idiote des disciples sur le « pourquoi » de sa cécité nous surprend : « Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? », mais elle reflète si bien les « à priori » des « braves gens » de chaque époque ! Comment Dieu qui est amour pourrait punir dès la naissance pour une faute supposée ? Ces préjugés-là ont la vie dure… Ils survivent encore aujourd’hui : la peur de la maladie, du handicap, de la différence. L’aveugle mendiant a dû entendre, lui aussi, cette question idiote : y était-il habitué… ?

Il doit également entendre Jésus parler de la lumière, s’identifier à la lumière : « Je suis la lumière du monde » ! Pas moins… Mais ça n’est pas une surprise dans cet évangile selon Saint-Jean, où le jour de Noël le prologue nous présente déjà le combat qui va se livrer au terme de l’aventure humaine de Jésus : « La lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres plutôt que la lumière ». C’est un constat sévère mais c’est toujours le même combat qui déchire l’humanité aujourd’hui. Il paraît que la soif de spiritualité est forte à notre époque… Bien sûr ! Mais l’indifférence envers la Foi à Jésus est croissante…

« Je suis la lumière du monde » : voilà la parole qui résume tout notre évangile d’aujourd’hui. C’est la conviction de l’évangéliste et des premières communautés chrétiennes. C’est également notre conviction à nous qui sommes réunis pour l’Eucharistie dominicale : nous pensons bien trouver en Jésus la source de la lumière ; et nous voudrions en vivre à tel point, d’en rayonner tellement, qu’il serait alors évident de la communiquer. Mais nous sommes des hommes et des femmes complexes : le combat de la lumière et des ténèbres se répercute jusqu’en nos propres vies. D’ailleurs l’évangile de ce jour déploie cette opposition entre la lumière et l’aveuglement assimilée au combat du savoir et de l’ignorance. Pour illustrer ces oppositions, trois catégories de personnes font face à Jésus :
• Les pharisiens,
• Les parents,
• L’aveugle.

Les pharisiens n’ont pas à priori une attitude hostile. Ils semblaient admettre la guérison, mais ils passent très vite au refus devant le Signe accompli par Jésus. Vous rendez-vous compte : guérir un jour de Sabbat ! Ah, ce Sabbat : combien de fois aura-t-il été source de controverse en eux et Jésus… C’est un questionnement à rebondissements… Ils commencent par s’interroger sur la guérison sans la remettre en cause, puis le doute s’introduit : « ils ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle »… Comme pour dire : ne serait-ce pas une simple mise en scène sans réalité tangible ? Puis du doute ils passent à la négation. Ils ne recherche plus du tout la vérité lors du dernier interrogatoire. Ils cherchent seulement à prendre l’homme guéri en défaut, alors ils lui font répéter les détails du miracle : « Que t’a-t-il fait ? Comment t’a-t-il ouvert les yeux ? ». Mais par ces questions insidieuses, c’est bien Jésus qu’ils veulent atteindre : l’homme guéri ne les intéresse pas. Leur « problème », en fait, c’est Jésus. Maintenant ils passent dans le registre de l’insulte à témoin ! Mieux : ils voudraient rendre l’homme coupable de son malheur : « Tu n’es que péché depuis ta naissance, et tu viens nous faire la leçon ! » Ils croient savoir, mais ils sont aveugles : c’est ce que Jésus leur dira de manière très nette et sans ménagement. D’ailleurs à cause de ça il s’attirera leur haine irrémédiable !

Les parents, eux, se situent autrement : c’est bien notre fils, nous savons qu’il est né aveugle, mais nous ne savons rien et nous ne voulons rien savoir. Cette histoire ne nous regarde pas, autrement dit : nous ne voulons pas savoir parce que nous tenons à notre tranquillité. Nous ne voulons pas savoir et cela nous arrange bien ! Combien de fois ne voulons-nous pas « savoir »… Combien de fois péchons-nous par une sorte de paresse intellectuelle et refusons-nous de « comprendre », jusqu’à laisser la parole de Dieu, l’Ecriture, sur un coin d’étagère.

Quant à l’aveugle, ses paroles reflètent l’itinéraire de la foi : il parle d’abord de l’homme qu’on appelle Jésus. Peu après, il dit : « c’est un prophète » ; plus tard il répondra aux pharisiens : « Si cet homme n’était pas Dieu, il ne pourrait rien faire ! » Quelques instants après, l’homme voit Jésus avec ses yeux guéris. Ce Jésus qui lui a donné pour la première fois la lumière, et non seulement la lumière des yeux mais encore la lumière de la foi. Il a fait confiance à Jésus et il possède maintenant non seulement la vue physique, mais aussi la vue de la foi. Les pharisiens voient mais sont aveugles. A la place d’une Dieu vengeur, Jésus présente le visage d’un Dieu qui donne la vie et la lumière.

Dans sa lettre aux Ephésiens, l’Apôtre Paul procédait par oppositions pour arriver à son but. Le raisonnement semble simple. Autrefois, dit-il aux chrétiens d’Ephèse, vous étiez dans les ténèbres ; maintenant, depuis le baptême conféré au nom de Jésus, vous êtes devenus lumière. Cette réalité transforme l’existence, elle doit faire que nous portions des fruits concrets : bonté, justice, vérité. Et au jour du baptême, on remet la lumière du Christ au nouveau baptisé : « recevez la lumière du Christ, veillez à l’entretenir, avancez dans la vie en enfant de lumière ».

Sur notre route de Carême, soyons vraiment « lumières » : c’est notre vocation baptismale. Laissons le Christ nous sortir de nos ténèbres et nous révèlerons Sa lumière.

P. Bernard Brajat