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Dans la tempête

dimanche 7 août 2011, par Bernard Brajat

La vie est parfois faite de contrastes étonnants. Nos vies elles-mêmes connaissent de vrais changements, manifestant par là que nous sommes parfois plus imprévisibles qu’il n’apparaît. D’ailleurs nos proches ne se privent pas, à l’occasion, de nous le faire remarquer. Oui, les contrastes font partie de la vie des hommes et parfois des paysages, de l’environnement et des saisons…

Justement le texte d’Evangile d’aujourd’hui en Saint-Matthieu joue sur les contrastes, frères et sœurs, :
-  le haut et le bas,
-  la montagne et la mer,
-  la tempête et le calme,
-  le doute et la foi.
Ainsi pouvons-nous résumer l’organisation et la progression de l’Evangile qui nous amène à l’épisode de ce dimanche : la foule a suivi Jésus en contournant le lac (Mt 14,14). Nourrie par lui, dans une lieu désert (14, 19-21) elle rentre chez elle en suivant de nouveau le lac. Les disciples prennent le plus court chemin en traversant le lac sur une barque.

Mais il arrive – sœurs et frères – que le plus court chemin ne soit pas toujours le meilleur… Il peut même s’avérer qu’il soit le plus périlleux. Les hommes de Galilée connaissent bien le lac, cependant comme tous les Juifs ce ne sont pas des marins de haute mer ! L’homme de la Bible non seulement a peur des tempêtes, mais il croit dur comme fer que la mer est le siège d’éléments incontrôlés, hostiles ; le lieu où habitent monstres marins et forces du mal. La mer symbolise pour ces hommes-là un adversaire toujours capable d’engloutir.

Jésus est dans la montagne ; et dans l’imaginaire biblique la montagne joue un rôle parfaitement opposé à la mer. C’est le lieu de la rencontre avec le Seigneur. C’est sur la montagne qu’il parlait à Moïse, qu’il a livré les commandements et scellé l’Alliance. C’est sur la montagne (l’Horeb) qu’il se manifeste à Elie dans « le murmure d’une brise légère ». Souvent – nous dit l’Evangile – Jésus se retire dans la montagne pour prier. Toute la nuit il avait prié, alors que pendant ce temps les disciples étaient confrontés aux forces du mal.

Mais contrairement aux apparences, Il n’oublie pas les siens : il est entré en dialogue avec son Père et maintenant, aux premières lueurs du jour, il vient vers ses disciples. Il a rejoint la barque de l’Eglise pour assurer tous les disciples de sa présence, leur redonner confiance bien qu’ils aient du mal à la recevoir. Leur foi est chancelante, le doute s’empare de leurs cœurs comme plus tard au matin de Pâques…

Il indique le remède à la peur, une solution qui s’applique à la vie en Eglise : seule une foi totale, absolue, en Jésus permet de ne pas couler. Seule notre foi, notre confiance indéfectible en Christ ressuscité nous permet – frères et sœurs – de tenir malgré les évènements de l’existence, nos peurs ou notre péché qui nous font douter, perdre pied et couler.

Au terme de ce passage, il y a un acte liturgique : une adoration. Car la communauté des disciples a reconnu Jésus comme Fils de Dieu (Mt 14,33) et s’est prosternée devant lui. Elle reconnaît ainsi que Jésus est le seul Maître de la barque de Pierre qui se dirige sur l’autre rive…

Jésus est le seul à dominer les forces du mal. Simon-Pierre ne s’y est pas trompé : « Seigneur, sauve-moi ! ». Sans une totale confiance en lui, ces forces prennent le dessus, aussi bien pour chaque croyant que pour l’Eglise. C’est seulement avec Jésus à notre bord que nous pouvons affronter les éléments contraires : ils continueront à exister, à prouver qu’ils sont capables de nous impressionner, mais avec Lui la paix s’installe !

Frères et sœurs, c’est une belle leçon d’espérance et de foi pour chaque croyant et pour la communauté que cet Evangile de la tempête apaisée. Puissions-nous ne jamais l’oublier au cœur même de nos tempêtes intérieures.

P. Bernard Brajat