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Dans la suite du Fils !

dimanche 15 août 2010, par Bernard Brajat

Cette fête que nous célébrons aujourd’hui – frères et sœurs – n’a de sens qu’en rapport avec Pâques. L’Eglise a voulu signifier aujourd’hui que Marie, la mère de Jésus, participe à la victoire du Fils sur les forces de mort. En ce sens, la figure de la Vierge Marie nous indique notre avenir.

Dans le passage de la première épître aux Corinthiens entendu ce jour, Saint-Paul indique bien que « le Christ est ressuscité d’entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité ». Pour ainsi dire, il est le « prototype » des ressuscités, le premier de tous les Vivants. Autrement dit, Jésus ne ressuscite pas pour lui seul, il entraîne dans son sillage le peuple des croyants, la communauté des baptisés : celle que nous formons chaque fois que nous nous réunissons pour l’Eucharistie.

L’assomption est une autre manière de parler de la résurrection : une figure féminine, source de vie, évoque la naissance de tous les vivants. Paul n’évoque pas la figure d’Eve – mère des vivants – mais dans la 1ère lettre aux Corinthiens que nous entendions ce jour il parle de cette autre figure originelle : Adam. Ou plutôt évoque-t-il « deux Adams » : le premier (homme désobéissant et pécheur) a conduit l’humanité vers un penchant de mort ; le deuxième c’est le Christ Jésus qui attire les hommes vers la vie. Saint-Paul précise bien que l’humanité est solidaire des deux Adams : nous sommes mortels, attirés par nos pulsions de mort, mais le Christ nous fait participer déjà à la vie nouvelle des enfants de Dieu. Désormais, le Christ ouvre une autre époque pour l’humanité ; et nous pouvons ainsi dire qu’il « créée » une humanité nouvelle. Dans cette nouvelle création il y a un certain ordre que l’Apôtre indique : « tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; et ensuite ceux qui seront au Christ lorsqu’il reviendra. » C’est-à-dire tous ceux qui seront en communion avec lui. Il ne nous parle pas explicitement de la Vierge Marie, mais nous pensons bien – avec l’Eglise – qu’elle reste en intime et profonde communion avec l’enfant qu’elle a mis au monde.

Ainsi la Tradition chrétienne la plus ancienne a-t-elle pu parler de la Vierge Marie comme de la nouvelle Eve à l’instar du Christ, nouvel Adam. Marie est celle qui dans une grande confiance, présentant à Elisabeth l’objet de sa joie, prononce ces paroles d’action de grâce envers le « Puissant » qui ne cesse de faire des « merveilles » : oui, « Saint est son nom ! » Son chant de reconnaissance ouvre sur l’avenir : en ce jour nous nous l’approprions. Il n’est pas l’hommage rendu à Marie, mais elle nous invite à rendre grâce au Seigneur qui déploie la puissance de son amour dans chaque génération, dans le déroulement de l’Histoire humaine. Aujourd’hui comme hier, il accomplit sa promesse : celle de la destruction de toute trace de mort dans la nouvelle création dont Marie est l’une des figures d’avenir. Ainsi comprenons-nous le passage de l’Apocalypse. C’est un livre de révélation et non l’annonce des malheurs prochains qui guettent l’humanité.

Regardons le cadre qui nous est offert : l’arche d’Alliance et le Temple. Les symboles principaux de la présence du Seigneur au milieu de son peuple s’ouvrent d’une signification nouvelle. Jean, le visionnaire, nous fait participer à une vaste anticipation du jour où le Seigneur inaugurera le Royaume de manière définitive. Il faudra bien qu’un jour le bonheur triomphe pour les hommes et les femmes qui auront espéré son Jour ! Et la volonté du Seigneur est bien de sauver tous les hommes, de les arracher à toute forme de mal, de les sortir de leurs ornières. Alors, évidemment, cela ne se fera pas sans un « combat ». Ici, ce combat est symbolisé par la « Femme », qui signifie la vitalité humaine, et le « Dragon » qui veut empêcher la vie. Alors il y a – comme dans l’ensemble du livre de l’Apocalypse de Saint-Jean – une suite de symboles codés. Si nous « décodons le langage » la Femme a douze étoiles : c’est la représentation de l’Eglise fondée sur les douze apôtres du Fils bien-aimé, figure du nouvel Israël. Son enfantement difficile et douloureux c’est le signe de la vie nouvelle inaugurée par le Christ : obligatoirement cet accouchement ne se fait pas sans mal, sans douleur.

La Tradition chrétienne la plus récente identifie la « Femme » à Marie, Mère du Christ Jésus. Quant au Dragon et à ses attributs il symbolise les forces maléfiques qui se déchaînent contre l’avènement du Royaume. Cependant la puissance de Dieu l’emporte pour sauver l’enfant, l’humanité nouvelle. C’est alors une invitation à porter loin notre regard souvent assombri et défaitiste. Nous nous complaisons dans un pessimisme étroit et mortifère, l’Apocalypse de Saint-Jean nous invite à regarder l’avenir, à sortir « le nez du guidon » pour voir Dieu à l’œuvre dans sa création, dans la vie des hommes et des femmes en marche vers le Royaume. Marie nous apprend à mettre les « bonnes lunettes » pour appréhender le monde et la réalité humaine. Elle ne minimise pas les difficultés, mais son « magnificat » apprend à la famille chrétienne d’accepter, d’envisager un tant soit peu l’œuvre de Dieu en marche pour le bien-être des hommes.

Le Seigneur a une bonne mémoire ! C’est Marie qui l’annonce : « il se souvient de son amour, de la promesse faite aux Pères en faveur d’Abraham et de sa descendance. » L’apôtre Paul nous redit que nous sommes la descendance. Nous avons hérité de la promesse, à la suite de Marie, des Apôtres et des Saints. C’est le message de cette fête. Sachons en vivre en disciples du Ressuscité !

P. Bernard Brajat