Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > Corps et Sang du Seigneur

Corps et Sang du Seigneur

lundi 15 juin 2009, par Bernard Brajat

Aujourd’hui, dimanche, c’est fête dans quelques maisons de notre paroisse : tout à l’heure, les enfants, vous serez réunis autour de la table familiale à l’occasion de votre première communion. C’est ainsi – et, profondément ancré dans notre culture – : la table est le lieu de la rencontre, de la réunion familiale ou parfois entre amis l’expression d’autres solidarités. On n’imagine mal inviter à dîner ou à déjeuner des personnes qui vous sont hostiles. Je parle bien ici du repas familier, non de celui qui répond à des conventions établies avec un souci protocolaire.

Le repas entre amis est le cadre que choisit Jésus pour « inventer » la messe. C’était le Jeudi Saint, dans Chambre Haute. L’apôtre Paul – dans la 1ère épître aux Corinthiens 11,17-26 – en témoigne : « Je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu de la Tradition qui vient du Seigneur… ». Son récit nous l’entendions le soir de l’Institution de l’Eucharistie : c’est le plus ancien témoignage sur la pratique d’une Assemblée chrétienne. Le cœur de ce mémorial se situe bien au moment de la Pâque, ce dont nous parlait l’évangile de cette fête du Saint-Sacrement. Alors, pourquoi ajouter une fête à l’évènement déjà célébré lors de la Semaine Sainte ? Précisément parce qu’il s’agit du centre de la vie de l’Eglise.

Comme pour une famille, le centre de la vie du foyer se passe le plus souvent autour de la table, pour la communauté, l’Eglise il se passe à la table de l’Eucharistie. Ce jour-là on immolait et on mangeait l’agneau pascal. YHWH avait libéré son peuple et l’avait conduit vers la terre de liberté. Jésus, dans la liturgie familiale juive, célèbre le mémorial et lui donne un sens nouveau. Certes, il évoque le sacrifice sanglant du Sinaï (« Ceci est mon sang… Le sang de la nouvelle Alliance ») mais il l’oriente d’une manière tout à fait nouvelle. En offrant librement sa vie, il invite chacun des disciples à s’associer à lui et à communier à sa personne. Et ainsi, il nous conduit lui-même vers la liberté, nous libérant de tous les esclavages modernes qui aliènent l’humanité.

L’alliance nouvelle ne concerne plus un peuple particulier, il concerne chaque croyant, chaque fidèle qui mettra désormais sa foi dans les paroles du Seigneur Jésus. Et à ce titre il est Alliance avec la multitude. Jésus, Serviteur souffrant – abaissé et élevé – est Sauveur universel. D’ailleurs l’apôtre Paul attire notre attention au sujet de l’Eucharistie : il s’agit en définitive de la construction du Corps du Christ qui dépasse, et de loin, nos catégories, nos subdivisions. Ainsi dans la suite de la 1ère lettre au Corinthiens parlera-t-il du corps et des membres, de leur nombre et de leurs diverses fonctions. Communiant au Corps et au Sang du Seigneur, nous participons à la construction du Corps du Christ.

C’est pour ça – frères et sœurs – que la première communion de quelques enfants du Cours Moyen, aujourd’hui, engage plus qu’eux-mêmes. Elle nous concerne comme communauté rassemblée, elle nous interroge et nous pousse à nous situer dans nos pratiques eucharistiques. Le pain que nous allons partager, le vin que nous allons boire, ne sont pas seulement un pain et vin ordinaires ils sont vie du Ressuscité en nos propres vies. On ne saurait donc célébrer aujourd’hui une première communion sans qu’elle en appelle d’autres, régulières, répétées et indispensables.

Avec le Baptême et la Confirmation, l’Eucharistie participe à l’initiation chrétienne. C’est dire que ces trois sacrements constituent les Signes de la vie divine dans la vie des chrétiens. C’est dire que nous ne saurions nous en passer. C’est dire que le témoignage de notre foi passe nécessairement auprès des plus jeunes par le témoignage de notre pratique chrétienne. C’est dire que dimanche prochain nous serons encore nombreux à nous réunir pour le Repas du Seigneur, et que chacun pourra y refaire ses forces.

Que cette journée de fête autour des premiers communiants nous donne d’accueillir maintenant au milieu de notre Assemblée ceux qui vont la rejoindre par le sacrement du baptême.

P. Bernard Brajat