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Conversion...

dimanche 1er mars 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 1er dimanche de Carême B – 1/03/2009 – église de Saint Barthélémy de Cahors : « Convertissez-vous en croyez àla Bonne Nouvelle  »

Conversion… Conversions : un mot qui éveille quelques craintes lorsque nous l’utilisons dans le langage courant ! Cela ne s’entend-t-il pas d’une adhésion à une religion ? Ainsi le comprend-t-on facilement d’un incroyant, d’un athée qui choisit sa religion au terme d’un parcours ou d’une découverte inattendue ; il peut aussi s’agir pour un croyant d’un changement de religion. Mais lorsqu’il s’agit de la conversion sans destination, sans autre précision, ne s’achemine-t-on pas alors vers une remise en question radicale ? Nous craignons ainsi les mots qui pourraient frôler le fanatisme. De plus, lorsque dans la Bible les prophètes appellent à la « conversion », ils ne font pas dans la dentelle…

Cependant, même si nous n’aimons pas trop les remises en cause, il est peut-être devenu urgent aujourd’hui (encore plus qu’hier) de se poser au moins quelques questions. Il nous faut constater que cette crise dans laquelle nous nous sommes enfoncés (et dont nous ne percevons pas quel sera le terme) provoque des remises en question sur notre mode de développement, sur nos manières de vivre. L’homme occidental semble bien démuni devant les retournements obligés que lui impose les nécessités du temps présent ! Nous pressentons, en même temps que la crise ne sera pas un épisode malheureux d’une crise financière, mais qu’elle se double d’une crise de sens : quel signification peut avoir le travail humain puisqu’il a été dévalué par rapport aux profits financiers disproportionnés qui furent révéler par la presse. Quelle valeur peut-on donner à l’effort alors que le luxe exhibé depuis quelques décennies indiquait la jouissance orgueilleuse de quelques nantis ?

Aujourd’hui des travailleurs précaires doivent utiliser les « restaus du cœur », squatter des immeubles vides, habiter dans leurs voitures : les villes parmi les plus prestigieuses renvoient l’image de la pauvreté à tous les coins de rues. Ne pensez pas que j’ai pris le parti dé décrire la réalité sociale plus que de commenter la Parole de Dieu. Dans toute l’histoire du peuple de Dieu, la Bible témoigne de la parole des prophètes qui dénoncent les injustices, l’insouciance et l’inconscience des riches et des princes. Les prophètes pointent la violence faite au pauvres, à la veuve, à l’orphelin ; ils désignent sans ménagement les responsables d’une situation bloquée dans laquelle le peuple a été engagé. Et ils appellent sans cesse à la conversion. Ainsi Jésus se fond il dans cette tradition prophétique : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ».

Il y a qu’une très brève évocation des tentations, en Saint-Marc : trois versets seulement indiquent le sens de la démarche. L’ Esprit pousse Jésus au désert comme il poussait déjà les prophètes. Le lieu du désert et la durée de quarante jours font penser à l’errance du peuple durant une génération : dans la Bible c’est tout à la fois le lieu des épreuves et des révoltes contre Dieu ; temps où la liberté humaine s’exerce jusque dans ses excès, temps également du retour sur soi… En Saint-Marc, Jésus ne jeûne pas, mais il prend des forces à la table de Dieu – « … et les anges le servaient » - pour sortir vainqueur de l’épreuve. Quant à la présence des bêtes sauvages mentionnée par notre évangéliste, elle nous fait penser au jardin d’Eden. Jésus réaliserait le vieux rêve d’une harmonie originelle retrouvée… dans une création nouvelle. Au temps de la passion, le nouvel Adam aura dû passer par bien des épreuves pour arriver à signifier l’immortalité désormais acquise pour tout homme !

Ce matin nous avons entendu ce bref appel à la conversion. Et nous l’avons compris comme une chance pour revivre pleinement la dynamique de notre baptême. La Bible par la bouche des prophètes le disait ainsi : « Si vous voulez vivre, convertissez-vous ! ». Vivre dans l’Alliance, et pas à côté des routes que la Loi du Seigneur propose : en l’oubliant l’humanité a ouvert la porte à tous les « dérapages ». Alors il est devenu souvent nécessaire qu’après un travail de conversion l’Alliance soit ré écrite, et qu’un nouvel « arc » soit tendu dans le ciel des hommes. Voilà ce dont veut témoigner la Bible lorsqu’elle nous met sous les yeux l’histoire de la fin du Déluge et de Noé. Aujourd’hui comme hier, l’humanité se laisse entraîner dans le cycle infernal de la violence. La Bible raconte combien la première tentative de « créer » une humanité avait connu un premier échec : dès qu’il était sorti du jardin des origines, un homme avait tué son frère… Et Caïn n’ayant pu maîtriser sa rancœur et sa haine s’était exprimé en laissant libre court à la violence. La spirale infernale était alors enclenchée : après lui la violence ne fera qu’ augmenter… La mort semble s’installer dans le monde. S’il reste une petite chance de s’en sortir c’est en pratiquant la Loi du Seigneur : « Si vous voulez vivre, convertissez-vous ». Les prophètes de la Bible le rappellent sans cesse. Et nous, chrétiens, avec quels mots, de quelle manière allons-nous ré écrire les termes d’une Alliance pour l’humanité d’aujourd’hui ? Parce qu’aujourd’hui, la société est violente, mais d’une violence insidieuse qui ne dit pas son nom… Et qui laisse sur le bas côté de la route bon nombre de femmes et d’hommes !

Ce temps du carême est l’occasion exceptionnelle de nous poser des questions fondamentales. Si nous voulons changer de cap, vivre autrement nos quotidiens, orienter de manière plus cohérente nos existences, nous ne pourrons pas le réaliser avec nos seules forces et notre bonne volonté. Il nous faudra entrer dans la dynamique de l’alliance. Une Alliance est une forme de conclusion d’accord, d’entente ou de compromis. L’ Alliance avec Dieu suppose que j’ai le courage de découvrir (ou redécouvrir) mes manques, mes pauvretés, mes déficiences. Non de me dévaluer mais de me connaître mieux. C’est le rôle de la prière lorsque je me situe devant le Père j’apprends à écouter et me mettre en accord avec lui : « que ta volonté soit faite ».

La conversion de Carême implique de « vivre autrement ». Evidemment, notre monde et nous-mêmes ne peuvent se contenter de faire du « sur place » : la vie exige un développement, mais puisque le développement actuel nous conduit dans le mur, il nous faut faire une conversion, choisir une autre manière de vivre et de produire, et surtout une meilleure manière de répartir les richesses créées. L’Evangile ne posera-t-il pas la question de cette manière : « A quoi sert à l’homme de conquérir le monde, d’amasser des richesses s’il y perd sa vie ? » Et puis, de manière générale ne faudrait-il pas accepter la fragilité, la sobriété, l’ascèse… voir le sacrifice ? Notre monde avec ses plaies béantes demande peut-être que nous nous engagions dans une changement radical de perspective. Chrétiens portons aussi la responsabilité de construire un monde plus fraternel et plus humain en premier lieu.

P. Bernard Brajat