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Ce matin-là !

dimanche 24 avril 2011, par Bernard Brajat

Les enfants possèdent une logique désarmante ! Ainsi cette gamine de 10 ans qui, à la catéchiste parlant de la résurrection de Jésus, demandait : « Mais une fois qu’il est ressuscité… après, il est mort quand ? » ; et Julien qui demandait à son père : « Dis, papa, quand on est mort, c’est pour la vie ? »… Ces réflexions enfantines ne sont pas uniquement de l’ordre de l’anecdote : elles traduisent le désarroi, des adultes eux-mêmes, devant l’absence. Certes, nous savons parfaitement que mourir c’est bien le terme de la vie, et que nous ne pouvons pas revenir en arrière : nous aimerions cependant avoir l’assurance qu’il y a bien « quelque chose après » !

La présence des autres est essentielle à la vie, et la mort nous enlève cette présence de l’autre. Le corps de l’autre nous permet de matérialiser une présence : il nous indique qu’il est bien vivant, puisqu’il est le « lieu » de la relation ! On ne peut plus communiquer avec un corps sans vie… On ne peut que pleurer l’absence. Jésus est bien mort sur la croix. Il a été ensuite mis au tombeau. En ce jour de Pâques, au petit matin, au premier jour de la semaine comme au premier jour du monde, Marie-Madeleine s’est rendue au tombeau. La sépulture de Jésus est vide. Nous pouvons comprendre son désarroi : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons où on l’as mis » ! Qui a fait ça ? Profaner une tombe c’est déjà un scandale, mais enlever un cadavre c’est inconcevable, du moins pour celles et ceux qui aimaient cette personne.

Alors, ils courent nos disciples. Ils courent vers ce tombeau vide. L’un est plus rapide que l’autre en raison certainement de son jeune âge, l’autre traîne un peu la patte (peut-être à cause de son reniement récent…). Mais le constat demeure le même : une lumière crue est jetée par l’absence irrémédiable devant cette tombe vide. Cette absence, nous la « voyons », elle nous est toujours sensible. La présence, nous la croyons et elle nous transforme. « Il vit et il crut. »

Depuis longtemps, pour essayer de combler le vide intolérable causé par la mort de l’autre, les hommes avaient imaginé d’autres mondes. Les morts s’en allaient pour un long voyage, et on les accompagnait avec leurs bagages, de l’or et de l’argent et même de la nourriture… C’était beau et dérisoire… totalement inutile. Alors les hommes ont cherché d’autres explications : ils ont pensé qu’il ne devait rester que « l’âme » détachée de la matière qui se mettait à rechercher d’autres matérialisations dans notre monde. C’est la théorie de la réincarnation, très à la mode aujourd’hui. Ça reste peu convaincant, et pas très réjouissant ! Pourtant, de la mythologie à la théorie ça permettait d’exorciser la peur de la mort, et c’est déjà pas mal.

Mais personne ne pouvait imaginer l’inimaginable. Personne ne pouvait imaginer que ce matin-là, dans un jardin un peu à l’écart, il se passerait une chose étrange. C’est que, voyez-vous frères et sœurs, notre foi ne vient ni du silence ni du désert du tombeau. Elle ne saurait monter du vide dont nous faisons tous l’expérience douloureuse un jour où l’autre. Elle nous arrive de plus loin que notre cœur. Elle s’adresse à nous de très loin et nous atteint car elle se forme de l’accueil que nous lui réservons et qui fait de nous, enfin, vraiment, des disciples qui croient, comme le disciple bien-aimé : « Car ils n’avaient pas encore compris l’Ecriture, selon laquelle il devait ressusciter d’entre les morts. » La lecture de la Parole n’avait pas suffit à faire d’eux des croyants.

Il nous faut relire les Ecritures avec d’autres croyants pour percevoir le « sens des Ecritures » : venir à la messe, écouter les lectures bibliques, mais ne pas avoir de lieu ou d’occasion régulière pour essayer de comprendre ce qu’elle veulent nous dire, cela ne servirait de rien. La rencontre du Seigneur de Pâques se fait toujours au cœur de la communauté, pas en dehors d’elle. C’est là que nous comprenons que la mort de Jésus et l’absence de son corps font de nous avec Lui des vivants à jamais.

Le Seigneur a été « enlevé de son tombeau ». Il n’est cependant pas « ailleurs », quelque part dans le monde, sinon dans notre foi, présent, réel autant que nous le sommes, au point qu’il fait corps avec chacun d’entre nous et avec nous tous.

Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité. Alléluia !

P. Bernard Brajat