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C’était à Cana

mardi 29 juin 2010, par Bernard Brajat

Homélie pour le mariage de Marie-Charlotte & Xavier, le samedi 26/06/2010 – église de l’Etrat (Loire). Le couple avait choisi l’évangile des noces de Cana (Jean 2,1-11).

« Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit.
C’était à Cana en Galilée.
Il manifesta sa gloire et les disciples crurent en lui. »
Et quel signe ! Pour nous, réunis avec Marie-Charlotte et Xavier, en ce jour de joie, il s’agit certainement d’entendre le récit de l’un des plus étonnants miracles de Jésus… Comme il en fit quelques autres, qui tiennent du prodige. Par tous les détails du récit, l’évangile de Saint-Jean nous invite à ne pas en rester à cette seule lecture. Il nous faut adopter le regard de Marie, sa Mère, première parmi les disciples, qui a bien retenu qu’il s’agissait d’abord d’un « signe ». Et souvent dans l’Evangile le « signe » est plus important que le miracle prodigieux !

Le signe, pour le lecteur averti des Ecritures, c’est d’abord le cadre des noces. Lorsque la bible, et plus particulièrement le Nouveau Testament, parlent de la « fin » l’image d’un grand banquet est utilisée (Isaïe 25,6) ; ce sont aussi les « noces de l’Agneau » (Apocalypse 19,7.9). Tous les hommes sont invités à y participer, s’ils ont – comme l’indique l’évangile selon Saint-Matthieu (Matthieu 22,11…) – le vêtement de noce !

Le signe, c’est le bon vin abondant : chez les Juifs, s’il est d’un usage exceptionnel (c’est la boisson de la fête), il annonce tout autant le banquet final cher à Isaïe. On a quelques difficultés à se représenter ce que peuvent être des noces en Galilée du temps de Jésus. Par analogie, on peut les imaginer, à partir de ce que sont des noces encore aujourd’hui au Moyen Orient. Ça dure plusieurs jours, au début le vin qu’on met dans les outres suspendues est bon, puis on rajoute toujours un peu d’eau pour « garder le niveau » : à la fin, c’est une piquette infâme ! Peu importe : les invités quelque peu « éméchés » ne devraient pas s’en apercevoir… Mais quand le vin est bon jusqu’à la fin c’est une « divine surprise ». C’est bien Dieu qui, en Jésus, crée la surprise ce jour de noces à Cana : « toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »

Ce marié-là a les moyens, dites-moi ! Et le signe s’amplifie encore : l’époux qui vient à la rencontre de son humanité c’est le Christ de l’Evangile. Celui-là même qui rencontrera la femme de Samarie au puits de Jacob pour que la source jaillissante du baptême renouvelle son être de misère. Le Seigneur Jésus est au cœur de notre rassemblement, puisqu ’ avec vous – Marie-Charlotte, Xavier – nous prononcerons sur le pain et le vin les paroles qui nous permettent de le rencontrer en chaque Eucharistie : c’est le vin de la nouvelle alliance, son corps et son sang.

Aujourd’hui, n’en doutons pas, vos deux familles auront bien préparées la réception : il n’y a pas de danger pour qu’on nous serve à boire n’importe quoi ! A la différence de l’austère Jean-Baptiste qui ne buvait jamais d’alcool, Jésus de Nazareth ne s’est pas abstenu de vin. Nous venons de le voir : il en fait même le symbole de la nouveauté de l’Alliance. Il l’offre en abondance à Cana, et du meilleur qui soit ! Son heure viendra, et à ce moment-là il offrira sa vie en abondance : les noces de l’Agneau inaugurées à la croix préfigurent celles de son retour. C’est ce que nous chantons dans l’anamnèse : « Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe… Nous rappelons ta mort, Seigneur ressuscité et nous attendons que tu viennes. » A Cana de Galilée, c’est déjà ça qui se joue.

Marie-Charlotte, Xavier, nous savons qu’un mariage est toujours une aventure. A cette aventure-là, le Christ Jésus s’offre de participer : par la force de sa présence dans votre amour, il vous donne les clés de la réussite pour votre couple. Si le Fils nous a été « envoyé » (1ère lecture) c’est pour que nous vivions de la relation même d’amour qu’il vit avec le Père. L’amour quotidien, habituel, banal, que nous connaissons est déjà le signe d’un amour plus grand :
« Toux ceux qui s’aiment
Sont enfants de Dieu,
Et ils connaissent Dieu. »
De nous-même (Saint-Jean l’affirme) nous sommes incapables d’aimer Dieu. D’ailleurs « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, C’est lui qui nous a aimés ».

Aimer nécessite de se décentrer de soi. Aimer suppose qu’en toute liberté je veuille accomplir un chemin permanent de conversion. Le naturel (encore plus des hommes que des femmes) n’est-ce pas cet égocentrisme qui nous fait penser que nous sommes seuls au monde, persuadés que toutes les attentions des autres nous sont dues ? Hé bien, l’amour qui vient de Dieu suppose que c’est lorsque je fais de l’autre une personne unique, lorsque j’en fais mon centre d’intérêt, lorsque je la valorise, c’est à ce moment que je peux être pleinement heureux. C’est ce que le Christ Jésus a manifesté durant tout sa vie publique : chaque personne rencontrée (la Samaritaine, Marie-Madeleine, Zachée… et bien d’autres) est une personne unique, chaque personne est importante. Il révèle à chacun sa beauté et sa vocation propre. C’est de cet amour aussi qu’il veut que vous vous aimiez.

Marie-Charlotte, Xavier, l’engagement que vous prendrez dans un instant est un appel à réaliser dans vos vies l’Alliance du Seigneur avec son humanité. Le Seigneur est fidèle à son Alliance : vous aurez à cœur de renouveler, vous aussi, votre propre alliance en la nourrissant de l’Eucharistie qui, désormais, indique l’Alliance éternelle du Dieu fidèle. Le vin de la nouvelle Alliance est un appel à se réjouir pour la manière dont le Seigneur réalise dans nos vies son plan d’amour. Ce plan d’amour en vous sera d’autant plus fécond qu’il vous permettra de construire une famille : vos enfants vous pousseront encore un peu plus à vous « décentrer » de vous-mêmes. En les aimant vous leur apprendrez aussi qu’ils sont « nés de Dieu » : pour Saint-Jean le seul chemin qui nous permette de découvrir Dieu, c’est l’amour. Il le résume ainsi « Dieu est amour » !

« Dieu personne ne l’a jamais vu.
Mais si nous nous aimons les uns les autres,
Dieu demeure en nous,
Et son amour atteint en nous sa perfection. »
Là encore, l’évangéliste Jean passe, avec cette facilité qui lui est coutumière, d’un plan à l’autre. C’est notre amour qui expérimente, met en œuvre, l’amour même de Dieu. C’est la qualité de notre amour qui peut le mieux « faire parler Dieu » dans nos vies. C’est la vocation du couple chrétien : veillez à être au milieu du monde les vrais témoins de son amour.

P. Bernard Brajat