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Bâtir sur le roc

dimanche 6 mars 2011, par Bernard Brajat

Avec ce passage d’Evangile dit des « deux maisons » nous arrivons au terme du discours sur la montagne, premier grand discours de Jésus en Saint-Matthieu. Lorsqu’il conclut, il dit bien : « Tout homme qui écoute mes paroles (oui qui n’écoute pas mes paroles)… » ; autrement dit, c’est l’ensemble du discours, l’ensemble des paroles depuis les béatitudes, qui est à mettre en pratique. « Faire », « agir », « mettre en pratique » : voilà des verbes ou expressions qui reviennent à plusieurs reprises. La foi, ce ne sont pas des mots en l’air mais une parole qui agit, autrement dit c’est une écoute de la Parole de Dieu et une mise en œuvre (une pratique) de cette parole reçue de Jésus.

Alors, lorsque nous parlons de « chrétiens pratiquants », cette expression est d’une certaine manière un « non-sens », car le chrétien ne peut être que « pratiquant ». C’est par ce qu’il met en œuvre de l’Evangile dans sa vie, qu’on reconnaît en lui un disciple de Jésus. Il ne se suffit pas de se déclarer « chrétien » pour être en cohérence avec l’Evangile… Le catholique « sociologique », « croyant mais pas pratiquant », ça ne veut strictement rien dire ! On n’est pas chrétien, catholique, parce qu’on aurait été baptisé, parce qu’on aurait fait sa première communion (et parfois la dernière), probablement confirmé, marié à l’Eglise (parce qu’il n’y aurait pas de « vrai » mariage sans passage à l’Eglise… !) et enterré : non, ça ne suffit pas à être chrétien, çà ! Faire quelques passages à l’Eglise tous les dix ou vingt ans ne font pas le chrétien. Ecoutons l’Evangile : « Il ne suffit pas de dire ‘Seigneur, Seigneur’ pour entrer dans le Royaume il faut faire la volonté de mon Père… ». Or le « faire », c’est le programme des béatitudes tel que Jésus l’a présenté au début de ce long discours.

Jésus nous dit bien que celui qui écoute sa parole « sans la mettre en pratique est insensé », c’est-à-dire qu’il a perdu le sens ! Pour illustrer cette composante essentielle de la foi il raconte une petite parabole que nous connaissons bien. Comme dans toute la littérature de sagesse, elle oppose un homme prévoyant et un homme inconscient (ou insensé) : celui qui sait s’appuyer sur son Seigneur en se souvenant de ses paroles, celui-là ne craint pas les tempêtes et sera sauvé. C’est la foi en Christ Jésus, l’adhésion à sa personne, c’est cela qui sauve : accomplir des œuvres (bâtir une maisons clinquante) sans les fondations de la foi c’est exposer cette construction à la première tempête. Rappelez-vous l’image de la tempête Xynthia sur les côtes vendéennes : des maisons bâties derrière des digues peu entretenues, et nous voyons au bout du compte des sans abris, des drames familiaux… des vies entières d’économie et d’effort anéanties en quelques heures seulement !

Quel gâchis ! Hé bien c’est justement pour éviter ça que Jésus indique ce qu’il faut d’abord au disciple : une écoute attentive de la Parole, de « sa » parole et sa « pratique ». Le disciple est forcément un « pratiquant », pas seulement quelqu’un qui adhère du bout des lèvres, dans un discours convenu sur le sens des valeurs : de ce disciple-là, l’Eglise n’a pas à attendre quoi que ce soit de bon. Mais de celui qui se met en route, qui se fond dans la volonté de son Maître et accomplit « toute justice », voilà le disciple, voilà le chrétien selon le désir de Jésus.

Bien qu’à première vue cela puisse paraître contradictoire, Saint-Paul dans sa lettre aux Romains ne dit pas autre chose : seule la foi permet d’être juste, indépendamment des efforts que nous pourrions accomplir pour nous hisser à la hauteur des exigences morales de la Loi. C’est Dieu qui donne d’être des justes. Nous avons à recevoir dans la foi, cette affirmation : c’est un don, un cadeau, une grâce de Dieu qui nous rend justes. C’est sa justice qui nous sauve, pas la nôtre. Ce que nous construisons, ce que nous bâtissons, n’a de sens et de solidité que sur le socle de sa Parole qui est un don. Mais cette parole ne sert de rien si nous ne savons pas lui donner un but. Il faut des projets et des orientations dans la vie. Il ne suffit pas d’avoir les yeux tournés vers le ciel en attendant que tout advienne, encore faut-il lui demander l’intelligence de la Foi.

Au XVI° siècle la grande controverse entre catholiques et protestants fut la grande question de la « justification par la foi ». Pour Calvin, mais surtout pour Luther, ce passage de l’épître aux Romains était le fondement de leur doctrine où ils affirmaient que nous sommes sauvés par la foi, seulement et non par les œuvres. Et les catholiques de leur côté affirmant – en s’appuyant sur la lettre de Saint-Jaques – que la « foi sans les œuvres est belle et bien morte ». Depuis, cette controverse s’est apaisée. Et si nous lisons correctement l’évangile d’aujourd’hui nous comprenons bien qu’il faut d’abord la Foi dans la parole du Seigneur comme préalable avant toute action. L’agir déconnecté de la parole du Christ c’est comme construire, « faire » des œuvres sur un terrain mouvant.

Il nous appartient de réaliser que le « roc » sur lequel nous pourrons bâtir la maison, c’est Jésus, le Christ. Qu’il vienne nous apprendre qu’en dehors de lui, on ne peut rien bâtir de stable. Que nos esprits et nos cœurs se rendent sans cesse disponibles à sa Parole, celle où le disciple fonde sa vie et son action.

P. Bernard Brajat