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Baptisés dans l’eau et dans l’Esprit

dimanche 30 mai 2010, par Bernard Brajat

Homélie pour la fête de la Sainte-Trinité – 30/05/2010 – messe unique àla Cathédrale Saint-Etienne de Cahors « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière  »

Dans un instant nous allons baptiser trois jeunes collégiennes : nous allons accomplir un geste aussi ancien que l’Eglise elle-même. En prononçant l’invocation trinitaire – « au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit » – nous ferons entrer ces jeunes dans un mystère de vie et d’Alliance. La traduction littérale du mot « baptême » devrait être « plongeon, immersion »… Plonger son corps entier dans l’eau pour marquer un temps mort jusqu’à perdre souffle, et se laisser saisir par la vie plus forte que la mort. Être entièrement plongés dans la vie de Dieu : c’est la destiné du disciple de Jésus.

Océane, Gloire et Manon, nous n’allons pas vous plonger aujourd’hui dans quelque piscine baptismale tels que les premiers siècles du christianisme les avaient conçues. Vous n’aurez droit qu’à un peu d’eau sur vos têtes, mais par ce simple geste nous allons également signifier ce que nous célébrons en ce dimanche de la Sainte-Trinité. Vous avez voulu être baptisées, et dans un instant vous direz devant vos familles et vos camarades, devant toute la communauté paroissiale de Cahors rassemblée, votre volonté de suivre le Christ Jésus. D’essayer de vous fidéliser à lui et d’accueillir sans cesse son Evangile. D’ailleurs dans le texte entendu à l’instant, et si nous le comprenons bien, l’Esprit reçu à notre baptême doit nous guider « vers la vérité tout entière ».

Votre vie durant, il vous faudra chercher « la vérité », comme un pierre précieuse, une « perle rare » d’une grande valeur. Si vous arrêtiez un instant de chercher, alors votre foi serait belle et bien moribonde ! Pour continuer à chercher, à comprendre, à entendre ce que le Seigneur peut vous dire au cœur, la réunion communautaire est nécessaire, indispensable même, dans la vie des chrétiens. Chaque dimanche, « nous faisons Eucharistie », nous restituons par les paroles du Christ Jésus, une cohérence à nos baptêmes puisqu’il réalise sa présence au milieu de nous. Ce sacrement nous le recevons sans cesse, comme on reçoit le bon goût du bon pain : une saveur qui nous oblige à être nous-même « savoureux » pour les autres !

Avec vos camarades de collèges, vous allez également communier pour la première fois. Ce n’est pas un acte formel. Il ne faut pas que cette première communion soit l’une des seules et uniques… voire une des dernières avant bien longtemps. Le pain eucharistique qui nous donne la vie du Ressuscité doit être de nombreuses fois, rompu et reçu de nouveau. Sinon, nous nous serions moqués aujourd’hui du Seigneur… et de la communauté chrétienne. Autrefois nous parlions d’obligation, aujourd’hui l’Eucharistie est devenue une nécessité si nous ne voulons pas voir s’appauvrir et se détériorer nos vies. La table de la Parole et de l’Eucharistie est indispensable pour que la foi grandisse, pour que l’être intérieur ne se dilue pas dans les caprices matériels du quotidien.

Frères et sœurs, au moment où Jésus passait de ce monde au Père, sa préoccupation, sa prière n’avait pas d’autre objet que de garder ses disciples dans la fidélité à son Nom. Il nous faut encore faire beaucoup de chemin pour comprendre… un peu. Il faut parfois toute une vie pour découvrir quelque chose de l’amour des autres et de l’amour de Dieu. C’est l’esprit de Sagesse qu’évoquait la première lecture d’aujourd’hui (Proverbes 8,22-31). La Sagesse vient directement de Dieu, et l’auteur du livre des Proverbes lui donne la parole comme à une personne. La Sagesse parle : elle a été enfantée par Dieu, elle était là lors de la fondation du monde. Et cependant, elle conclut en disant que sa plus grande joie est d’être « avec les fils des hommes », avec nous qui sommes en Assemblée chrétienne aujourd’hui. Et les Pères de l’Eglise ont reconnu en elle l’Esprit-Saint. Cet Esprit invisible qui fait le lien entre Dieu et les hommes. Cet Esprit que vous allez recevoir par le sacrement du baptême, cet Esprit que nous allons invoquer dans un instant sur le pain et le vin pour qu’ils deviennent le corps du Christ que vous recevrez dans cette célébration.

En Orient, les chrétiens vénèrent la Sagesse (Sophia) comme une femme. Et ils dédièrent la cathédrale de Constantinople à la Sagesse : Sainte-Sophie. La Sagesse possède l’intelligence. Et l’intelligence n’est pas toujours ce que nous propose d’abord les médias. Il faut la chercher, elle aussi, comme la vérité. Il n’y a pas de recherche de la vérité sans intelligence. Et l’intelligence de la foi est encore une étape supplémentaire, différente mais indispensable : « L’Esprit de vérité vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu, et ce qui va venir, il vous le fera connaître ». Ainsi Jésus présente-t-il aux disciples, réunis pour le dernier repas, les clés de la vérité : c’est un échange, une écoute indispensable à toute croissance. Le Fils livre les paroles du Père, l’Esprit nous les fait comprendre. C’est pour ça que nous baptisons dans un souffle reçu, comme une parole qu’on se transmets : « au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ».

P. Bernard Brajat