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Avec patience !

lundi 18 octobre 2010, par Bernard Brajat

Homélie du 29ème dimanche C – 16 & 17/10/2010 – Cahors, églises de Saint-Barthélémy et de Valroufié « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?  »

La question qui termine l’évangile d’aujourd’hui a de quoi nous inquiéter : au terme d’une parabole sur la prière, Jésus nous lance cette question. Car il voudrait nous faire comprendre que la prière est un exercice qui demande une immense confiance. Nous le savons : les mots « foi » et « confiance » sont similaire, identiques, de même origine. Le Christ de l’évangile, par une simple parabole nous renvoie à chacun, chacune d’entre nous : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Nous sommes souvent impatients, et notre époque cultive cette impatience, accentue cette attente d’une efficacité immédiate en tout. Nous avons raccourci le temps : le voyageur du Moyen Âge ou de la Renaissance qui parcourait les routes d’Europe n’était étonné de rien car il avait le temps de s’adapter au us et coutumes des régions qu’il traversait. Aujourd’hui en quelques heures d’avion, l’homme moderne qui sort tant soit peu de son monde occidental est propulsé dans une autre culture qu’il n’a pas le temps de comprendre. L’internaute communique « en temps réel » dans une réalité virtuelle, mais il n’a pas la possibilité de « recevoir », ni de se concentrer sur l’information que l’outil lui livre. Nous nous sommes habitués à cette vitesse des moyens de communication et de l’information : elle ne se maîtrise pas toujours, jouant même des tours aux hommes publics qui s’étaient laissés prendre au jeu de cette communication.

Nous oublions parfois que nous ne pouvons pas raccourcir ni allonger les rythmes de la vie. Il faut toujours neuf mois pour qu’un enfant vienne au jour. Il faut des années pour qu’il parvienne à l’âge adulte… Il en va de même dans notre vie spirituelle : pour établir une relation avec le Seigneur, il faut la durée. Dans la Bible, le Seigneur se définit comme « un Dieu patient ». De fait, la parabole de ce jour évoque cette patience. Deux personnages sont face à face : un juge qui n’a pas la crainte de Dieu ni le respect pour ses semblables et une veuve, faible et fragile, mais qui est convaincue de ses droits et bien décidée à les faire valoir. Elle a tout son temps pour harceler ce juge peu scrupuleux !

Au bout du compte, le juge cède devant la veuve. Non qu’il aurait subitement été atteint par le problème de la personne, mais plus simplement pour sa tranquillité : et c’est bien le résultat qui compte. Elle a obtenu ce qu’elle voulait, parce qu’elle a insisté… Et l’évangéliste nous livre la clé de lecture de cette parabole : « Jésus dit une parabole pour monter à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager. » En transposant, nous pouvons dire que la prière persévérante amènera forcément Dieu à exaucer le croyant qui prie. Si un juge « sans foi ni loi » exauce la demande d’une pauvre veuve, combien plus le Seigneur qui est toute justice saura exaucer la prière de ses enfants !

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Saint-Luc emploie une parabole pour dire la nécessité d’une prière confiante. Rappelons ici la parabole de l’ami importun qui vient à toute heure de la nuit et qui insiste pour obtenir ce qu’il veut. C’est le même procédé qui réussit : l’insistance qui fait céder le dormeur éveillé pour sa seule tranquillité. « Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus ? » : ici se résume ce qu’on dû assumer les premiers chrétiens en choisissant le Christ. Certains ont été malmenés, persécutés et le Jour du retour du Seigneur se faisait attendre… Comment la foi n’aurait-elle pas été mise à rude épreuve ?

C’est cependant la même question qui se pose aujourd’hui de manière encore plus aigue lorsque nous constatons l’indifférence ambiante de notre société. Certes, un film comme « Des dieux et des hommes » a connu un beau succès et laisserait entendre que la question religieuse ne laisse pas indifférents nos contemporains, mais combien la Foi reste difficile à exprimer, combien nos engagements dans l’immédiat pour un résultat dans l’instant ne sont-ils pas significatifs de nos peurs face à l’avenir et de notre manque de confiance en Dieu.

Que le Seigneur nous aide à dépasser la culture du résultat immédiat. Qu’il nous garde dans son amour et fasse grandir en nous la foi.

P. Bernard Brajat