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Aujourd’hui !

dimanche 24 janvier 2010, par Bernard Brajat

Il est des paroles que l’on croit bien connaître. Il est des passages d’œuvres littéraires – des « grands classiques », comme on les appelle – qui semblent nous appartenir tellement ils nous sont familiers. Il est des passages de l’Ecriture que nous entendons sans y porter attention tellement ils nous paraissent connus, entendus nombre de fois… et même convenus ! Il en va un peu ainsi du passage d’Isaïe lu ce jour-là dans la synagogue de Nazareth en ce sabbat : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. ».

Ce passage du livre d’Isaïe, le prophète, cela doit faire quelques centaines d’années que les Juifs l’entendent. Et qu’est-ce que ça change ? L’année de bienfaits à laquelle le prophète fait allusion, sait-on encore en Israël à quoi elle pourrait correspondre ? Plus personne ne semble s’en souvenir, ni vouloir y prêter la moindre attention… Et c’est précisément ce passage que Jésus met au centre de son activité. C’est ce qu’il a fait pendant son ministère public : il a guérit, il a libéré, il a prononcé la Parole pour tous ceux qui attendaient quelque chose de neuf. La Bonne Nouvelle qu’il annonce est pour tous.

Et c’est bien ainsi que nous aurons à découvrir l’évangile selon Saint-Luc pendant cette année. Il a été surnommé : « l’Evangile de la miséricorde », essentiellement à cause de deux paraboles qui lui sont propres, mais d’une manière plus constante par la « Parole de la Grâce » qui vient de Jésus pour aller vers tous ses frères et sœurs. Dans le commencement de son évangile, Luc explique aujourd’hui son projet et il parle des témoins oculaires comme étant désormais les « serviteurs de la Parole ». C’est donc une parole qui est mise par écrit, une Parole ordonnée, transmise pour fortifier la Foi de tous les « Théophile », dont nous sommes.

Or cette Parole proclamée depuis longtemps dans les Ecritures (pour l’essentiel : la Loi et les Prophètes), se réalise « aujourd’hui » si nous savons l’écouter. Jésus ne dit rien d’autres aux habitués de la synagogue de Nazareth qui viennent d’entendre un passage d’un prophète : Isaïe ! L’Evangile que nous entendons chaque dimanche n’est rien d’autre qu’une Parole qui s’inscrit dans notre actualité : nous y portons attention si nous comprenons qu’elle peut concerner nos vies. La Parole de Dieu n’est pas une parole vide, alimentant une espérance passagère : elle s’accomplit en Jésus Christ, pour aujourd’hui.

Lire la Parole de Dieu, l’entendre, c’est d’abord écouter le récit d’une histoire qui s’inscrit dans le cours du temps. Sans cesse, nous avons besoin de la ré – entendre pour qu’elle devienne familière. Ne plus l’entendre c’est être privé de son identité, la recevoir de nouveau c’est tisser les liens secrets qui nous unissent aux générations croyantes qui nous ont précédé. Dans la liturgie de la Parole que le livre de Néhémie nous rapportait en 1ère lecture (Néhémie 8) « ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Torah ». Car ils sont en train de se réapproprier une histoire qu’ils ont peut-être oubliée après cinquante ans d’Exil. Au moment où il faut reconstruire Israël, ce lien doit être rétabli. C’est pourquoi on solennise l’événement par la lecture publique de la Loi de Moïse : aller à l’essentiel pour donner sens à son présent.

Nous recevons nous aussi – frères et sœurs – une Parole. Bien souvent nous n’y portons qu’une attention relative ou fugace. Cependant, nous découvrirons avec Saint-Luc combien ces merveilleuses paraboles sont autant de leçons d’humanité quand elles veulent nous parler de Dieu. Un Dieu qui se donne à l’homme en Jésus mort et ressuscité.

« Lorsque tu dis que Jésus « enseignait dans les synagogues et que tous célébraient ses louanges », – souligne Origène* – prends garde d’estimer heureux les seuls auditeurs du Christ et de te considérer comme privé d’enseignement. Car, si l’Ecriture est véridique, le Seigneur parle aussi bien maintenant dans notre assemblée qu’alors dans les réunions des Juifs. Non seulement dans la nôtre, mais dans les autres assemblées du monde entier, Jésus enseigne et cherche des instruments qui fassent entendre son enseignement. »

Nous aussi, pouvons devenir aujourd’hui des « serviteurs de la Parole ».

P. Bernard Brajat

* Origène – homélie sur Saint-Luc, 32 coll. Sources chrétiennes ; le Cerf 1962