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Accomplir toute justice

lundi 10 janvier 2011, par Bernard Brajat

Dans le passage d’Evangile de ce jour, nous venons d’entendre Jean exprimer ses réticences à baptiser Jésus. Et Jésus lui répondre : « Laisse-moi faire maintenant : c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice. »

Il est beaucoup question de « justice » dans la bible, et Saint-Matthieu n’est pas en reste… Dès le discours sur la montagne, il en est question lorsqu’il parle du Royaume des cieux. Dans la quatrième béatitude d’abord : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice… » (5,6). Un peu plus loin lorsqu’il met en rapport le sens de la Torah et des prophètes à la Loi nouvelle : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. » (5,20) Jésus reprend alors des attitudes concrètes où il précise chaque fois le comportement que doit adopter le disciple, en vue du « Royaume des cieux » ! (5,21 – 6,34).

Or, pour l’évangéliste Matthieu il s’agit d’un « agir juste », autrement dit de conformer nos actions à la volonté de Dieu. Ainsi, rappelez-vous, Joseph était-il décrit comme un « homme juste », parfaitement accordé à ce que Dieu attendait de lui (1,19) : « Ne crains pas de prendre chez toi, Marie ton épouse » (1,20). Toute l’activité de Jésus sera d’être accordée, ajustée à la volonté du Père.

Pour accomplir sa mission, Jésus est aujourd’hui « plongé », « immergé » dans la condition des hommes. Et à partir du moment où le Fils de Dieu est descendu dans l’eau du Jourdain avec tous les pécheurs qui venaient vers Jean pour faire pénitence et signifier leur désir de conversion, il assumait la condition humaine. Alors les cieux – qui représentent la demeure inaccessible du « Très-Haut » – s’ouvrent et resteront ouverts. Désormais se vit une communication entre le « ciel » et la « terre » : le lien entre ce qui vient « d’En Haut » et ce qui est « en bas » est possible. Mieux : une relation d’amour s’établit entre le Père et tous ceux qui sont habités de l’Esprit du Fils bien-aimé.

L’Esprit-Saint reçu au baptême oriente la vie du croyant vers ce qu’Isaïe décrit du Serviteur du Seigneur : « Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique. Il n’écrasera pas le roseau froissé ; il n’éteindra pas la mèche qui faiblit… » ; ainsi l’attitude du Serviteur est-elle fondamentalement à l’opposé de tous les « paraître » tapageurs ! Le modèle d’humilité et de disponibilité nous est donné en Jésus de Nazareth au moment où il s’immerge dans l’humanité par le signe du baptême de conversion. C’est ce Serviteur humble, disponible, attentif au pauvre et au petit que le Seigneur désigne comme étant « habité » par l’amour paternel. C’est de toute évidence ce que Dieu préfère et qu’il a toujours indiqué chez les prophètes.

Au premier chapitre de la Genèse (1,2) le Souffle de Dieu planait sur les eaux pour faire jaillir la vie : c’est aujourd’hui sur le Jourdain, le même Souffle créateur qui indique l’origine d’une nouvelle création. Nous appartenons depuis notre baptême à cette création nouvelle. Si nous voulons que le monde change, que la société soit meilleure il ne faut pas que nous nous attendions à quelque coup d’éclat ponctué de paroles violentes où les responsables des malheurs du temps sont désignés, au risque de devenir les boucs émissaires des échecs de l’humanité : la terre des hommes n’a que trop subie ce genre d’agressions. Il nous faut ouvrir nos cœurs et nos intelligences à la portée universelle du salut qui se dit dans l’attitude humble de Jésus de Nazareth. Il dit dans l’évangile vouloir « accomplir ce qui est juste ». Ce qui est juste n’est-ce pas que le Salut de Dieu soit offert à tout homme. C’est ce que rappelle Pierre à son arrivée chez le centurion romain : « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. »

Qu’en raison de la grâce reçue au jour de notre baptême, nous puissions redécouvrir nous aussi « ce qui est juste » ou comment correspondre davantage dans nos vies à la volonté du Père sur nous.

P. Bernard Brajat