Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > A la recherche du Dieu vivant

A la recherche du Dieu vivant

dimanche 19 juin 2011, par Bernard Brajat

Depuis que l’homme possède la raison, il cherche à définir le « Tout – Autre » : comment le décrire, comment le nommer ? Depuis que l’être humain est capable de réflexion, il cherche ce qui parle le plus à sa conscience. Et d’une certaine manière tout ce que nous pouvons dire sur Dieu est approximatif, imparfait. Comme nous avions essayé de le définir et qu’il demeure indéfinissable, certains ont essayé de le représenter en images ; d’autres s’y sont rigoureusement refusé pensant – peut-être à juste titre – que la recherche d’altérité s’accommodait mal de quelques représentations statuaires ou picturales. Ce respect de l’altérité dans la Bible va jusqu’à rendre imprononçable le nom de Dieu ; on préfère l’appeler la plupart du temps « le Seigneur ».

Les hommes sont parfois téméraires dans leur recherche : ils veulent connaître, savoir, comprendre… Pas tous, d’ailleurs. Mais, chez certains c’est une véritable obsession que de percer les secrets du « milieu divin ». Regardez par exemple Moïse : il n’arrête pas de gravir cette sacrée montagne car il pense que là, il rencontrera le Seigneur. Et l’extrait du livre de l’Exode laisse entendre une certaine bienveillance complice dans cette recherche, puisque « le Seigneur descendit » de son nuage « et vint se placer auprès de Moïse. » (1ère lecture : Exode 34,4b-6). Pour l’heure, il faut essayer de faire de ce peuple autre chose qu’un ramassis anarchique et tribal… Il faudrait bien que ces Hébreux, errant dans le désert depuis la sortie d’Egypte, deviennent un peuple ! Ces gens qui murmurent sans cesse et qui s’adonnent à l’infidélité dès que Moïse a tourné le dos. Ça va être difficile car le Seigneur a semblé se lasser après l’histoire du veau d’or ! Et Moïse l’a convaincu de renouveler l’Alliance qu’ils avaient rompu… Là, au Sinaï il va faire une expérience personnelle très forte de la présence du « Tout – Autre ». Non seulement il va être en proximité (en phase) mais encore il va réaliser combien ce Dieu est « tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité. »

Jésus de Nazareth va, quant à lui, prendre un risque énorme puisqu’il bousculera l’ordre immuable du Sacré : il sort le divin du Temple et il apprend à ses disciples que Dieu est un Père. Cette proximité révélée, ils l’écoutent parler du Père, du lien qui s’opère avec lui depuis son baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez le ! » ; à ce titre il osera poser des actes provocateurs au sein même de l’enceinte sacrée. Mais il introduira ses disciples dans l’intimité divine : « Je pars vers mon Père et votre Père. » Depuis qu’il a établit sa demeure parmi nous, le Verbe nous a livré les mots qu’il fallait pour nous adresser à Dieu : « Lorsque vous priez, dites ‘Notre Père qui est aux cieux » ; et c’est la communauté des disciples, la communauté croyante qui désormais s’adresse dans la mouvance de l’Esprit au Père avec les mots du Fils.

Les évangiles nous ont livré un ensemble d’approches que la tradition chrétienne synthétisera dans une formule : Dieu unique en trois personnes. C’est la « Trinité ». Mais plus les penseurs chrétiens ont voulu formuler le contenu, plus leur langage est devenu compliqué et souvent incompréhensible pour les gens. Cependant, une fois qu’on a essayé de tout dire sur la question, on n’a rien dit d’autre que ce que nous résume l’évangile d’aujourd’hui en deux petits versets : Dieu est Père qui se révèle dans le Fils qui se vit dans l’Amour. Et l’expression de l’amour du Dieu vivant c’est l’Esprit – Saint à l’œuvre : nous le découvrions dimanche dernier, jour de Pentecôte. Ainsi désormais les « vrais adorateurs du Père » le sont « en Esprit et vérité » : la femme de Samarie avait découvert combien l’expérience de Dieu est désormais possible puisque le Fils est venu vers elle, en mendiant l’eau de la route ; et le Salut est venu jusqu’à elle. C’est ainsi que la venue du Fils trouve son sens : pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance.

Lorsque nous allions au catéchisme et que Monsieur le Curé nous interrogeait : « Qu’est-ce que le mystère de la Sainte Trinité ? » Nous répondions aussi sec – parce que nous l’avions bien appris par coeur – : « Le mystère de la Sainte Trinité est le mystère d’un seul Dieu en trois personnes égales et distinctes. » Comme nous n’avions rien compris, la dame qui aidait Monsieur le Curé nous expliquait alors que c’était comme un œuf : il y a le jaune, le blanc et la coquille, mais que tout était dans l’œuf ! Ce qui dans nos esprits enfantins provoquait une belle omelette… Heureusement, qu’un jour ou l’autre nous avions pu découvrir que Dieu, en Jésus, était bien différent de cette représentation étriquée. Car il est « la vie, le mouvement et l’être » : l’amour dont il déborde est plus grand que ce que nous pouvons en saisir. Et qu’il est toujours surprenant dans sa manière de nous appeler à la vie. Oui, Dieu est bien au-delà de ce que nous pouvons en dire :
« O toi, l’au-delà de tout, (…)
aucun mot ne t’exprime.
A quoi l’esprit s’attachera-t-il
Tu dépasses toute intelligence.
Seul tu es indicible (…) »
Disait déjà Saint-Grégoire de Nazianze dans un poème au IV° siècle !

Avec l’Apôtre Paul, nous présentons qu’il signifie d’abord l’harmonie et l’accord entre les hommes : « vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. » (2ème lecture : 2 Corinthiens 13,12). Alors – dans un monde qui attribue aux religions un rôle de divisions et d’origine de conflits – l’image de Dieu que nous porterons, nous les croyants, sera d’abord celle d’un Dieu qui réunit, qui aime l’humanité avec passion.

P. Bernard Brajat